L’OCDE projette une croissance mondiale de 2,9 % en 2026 et 3,0 % en 2027. Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse ces prévisions : la persistance de prix énergétiques élevés peut affecter simultanément la balance extérieure, l’inflation et les finances publiques.

Le rapport intérimaire de l’OCDE publié le 23 septembre décrit une économie mondiale plus résistante que prévu au choc énergétique, mais encore vulnérable. L’inflation globale du G20 devrait atteindre 4,1 % en 2026, avant de revenir à 3,6 % en 2027. L’organisation souligne qu’une nouvelle perturbation énergétique pourrait combiner inflation plus forte et croissance plus faible.

Une vulnérabilité tunisienne déjà visible

En Tunisie, le premier canal de transmission est extérieur. Sur les huit premiers mois de 2026, les importations ont progressé de 11,6 %, mais celles des produits énergétiques ont augmenté de 28,5 %. Le déficit commercial atteint 17 853,8 MD, dont 8 930,2 MD pour le seul groupe énergétique, contre 7 148 MD un an auparavant. Hors énergie, le déficit tombe à 8 923,7 MD.

Une énergie durablement chère pourrait donc alourdir la facture d’importation. Son ampleur dépendrait toutefois des volumes achetés, des prix effectivement payés et du taux de change : elle ne peut être déduite mécaniquement du seul cours du pétrole.

Quel serait l’impact d’un choc énergétique prolongé sur la Tunisie ?

Une hausse durable de l’énergie pourrait d’abord alourdir la facture d’importation et le déficit extérieur tunisien. Elle pourrait ensuite se transmettre aux coûts et aux prix ou accroître la pression sur les finances publiques si des mécanismes d’amortissement sont utilisés. L’ampleur exacte reste toutefois dépendante des prix, volumes, changes et décisions publiques.

Prix et budget : où sera absorbé le choc ?

Le deuxième canal est l’inflation. En août 2026, elle atteignait 5,4 % en Tunisie, tandis que l’inflation sous-jacente hors alimentation et énergie s’établissait à 4,9 %.

La hausse internationale de l’énergie ne se transmet cependant ni instantanément ni intégralement aux consommateurs. Une partie peut être absorbée par les entreprises ou les mécanismes publics de soutien. La question devient alors budgétaire : qui supporte l’écart entre le coût international de l’énergie et son coût intérieur ?

Enfin, la faiblesse de la demande extérieure constitue un risque supplémentaire. L’OCDE ne prévoit que 1,0 % de croissance dans la zone euro en 2026 et 2027, alors que l’Union européenne représente 70,2 % des exportations tunisiennes.

Pour la Tunisie, l’alerte OCDE tient donc moins au chiffre de croissance mondiale qu’à l’enchaînement possible : énergie chère, déficit extérieur accru, pressions sur les prix et arbitrages budgétaires plus difficiles.

Chiffres clés

  • 2,9 % : croissance mondiale projetée en 2026 par l’OCDE.
  • 3,0 % : croissance mondiale projetée en 2027.
  • 105 USD/baril : hypothèse technique moyenne pour le Brent au T4 2026.
  • 8 930,2 MD : déficit énergétique tunisien sur les huit premiers mois de 2026.
  • +28,5 % : hausse des importations tunisiennes de produits énergétiques sur la période.
  • 5,4 % : inflation en Tunisie en août 2026.

Site : OCDE