Le chiffre est explosif : 62 % du réseau de la SONEDE serait ancien et vétuste, selon l’expert Mohamed Adel Hentati. Mais derrière cette estimation, une question devient impossible à éviter : pourquoi les Tunisiens ne disposent-ils pas d’un état détaillé des conduites, des pertes d’eau et des analyses de qualité région par région ?

Mohamed Adel Hentati a relancé brutalement le débat sur l’état réel du réseau d’eau potable en Tunisie.

Dans une déclaration à Jawhara FM, l’expert en environnement et développement durable a affirmé que 62 % des conduites de la SONEDE seraient anciennes et vétustes.

Si ce chiffre est exact, il décrirait une infrastructure nationale dont plus de la moitié nécessiterait potentiellement une réhabilitation lourde.

Mais un problème demeure : ce taux de 62 % n’apparaît pas, à ce stade, comme une statistique officielle publiquement documentée de la SONEDE.

C’est précisément ce qui rend nécessaire une publication complète des données.

48 000 km de réseau : dans quel état exactement ?

La SONEDE exploite plus de 48 000 kilomètres de conduites de distribution.

Son rendement de distribution s’établissait à 77,7 % en 2023. Autrement dit, un écart important persiste entre l’eau injectée dans le réseau et celle effectivement comptabilisée chez les consommateurs.

Toutes ces pertes ne peuvent pas être attribuées mécaniquement aux fuites. Mais le chiffre suffit à poser une question stratégique : combien de mètres cubes disparaissent réellement à cause de canalisations dégradées ?

Les rapports sectoriels ont déjà fait état de plus de 22 000 casses par an au début de la décennie.

Dès lors, une simple moyenne nationale ne suffit plus.

La SONEDE devrait publier, district par district, l’âge du réseau, le nombre de casses, les kilomètres à renouveler, le rendement réel et le volume estimé des pertes.

Sans cette cartographie, impossible de savoir quelles régions supportent aujourd’hui les infrastructures les plus fragiles.

Qualité de l’eau : publier aussi les analyses régionales

Mohamed Adel Hentati a soulevé un deuxième sujet tout aussi sensible : celui de la qualité de l’eau distribuée.

L’expert a appelé les autorités concernées à rendre publics les résultats des analyses selon les différentes régions.

Cet appel mérite une réponse précise.

Les consommateurs devraient pouvoir consulter régulièrement, par gouvernorat ou zone de distribution, les résultats des analyses, les paramètres contrôlés, les dates des prélèvements et les éventuelles anomalies constatées.

Dire que l’eau est potable à l’échelle nationale ne répond pas aux interrogations locales.

La transparence doit permettre de savoir où l’eau a été analysée, quand, selon quels critères et avec quels résultats.

Des centaines de millions investis, mais combien perdus dans le réseau ?

L’enjeu devient encore plus critique lorsque l’on regarde les investissements engagés.

La Tunisie finance de nouvelles ressources hydriques coûteuses. La station de dessalement de Zarat représente environ 371 millions de dinars, pour une capacité initiale de 50 000 m³ par jour.

Dans le même temps, la SONEDE conduit un programme d’amélioration des performances doté d’environ 220 millions de dinars.

Produire davantage d’eau sans réduire suffisamment les pertes reviendrait à injecter une ressource de plus en plus chère dans une infrastructure qui n’en valorise pas chaque mètre cube.

CHIFFRES CLÉS

62 % — part du réseau considérée comme ancienne et vétuste selon Mohamed Adel Hentati ; chiffre non confirmé comme statistique officielle publique.

48 241 km — longueur du réseau de distribution de la SONEDE.

77,7 % — rendement du réseau en 2023.

Plus de 22 000 — casses annuelles signalées dans les rapports sectoriels au début de la décennie.

220 millions de DT — enveloppe du programme d’amélioration des performances.

371 millions de DT — coût actualisé annoncé de la station de dessalement de Zarat.

50 000 m³/jour — capacité initiale de cette station.

Le débat ne peut donc plus rester au stade des déclarations. Si 62 % du réseau est réellement vétuste, il faut publier les chiffres qui le démontrent. Et si la situation varie fortement selon les régions, les Tunisiens doivent pouvoir le savoir.

Même exigence pour la qualité de l’eau : les analyses régionales doivent être accessibles, régulières et compréhensibles.

Sur un sujet aussi stratégique que l’eau, l’absence de données publiques détaillées finit elle-même par devenir une information.