La Tunisie veut introduire l’intelligence artificielle dans ses centres de formation professionnelle. Douze laboratoires sont annoncés pour 2026-2027, avec près de 26 000 places de formation et six nouvelles spécialités. Mais derrière les chiffres, une question reste entière : quel investissement permettra de transformer cette ambition en compétences réellement utilisables sur le marché du travail ?
L’intelligence artificielle entre officiellement dans la formation professionnelle tunisienne. Le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaoued, a annoncé lundi 7 septembre la création de 12 laboratoires dédiés à l’IA dans plusieurs centres dès la nouvelle année de formation. L’objectif affiché est de permettre aux apprenants d’utiliser ces technologies dans leurs parcours et de renforcer leurs compétences numériques.
L’annonce est politiquement attractive. Sa mise en œuvre sera autrement plus exigeante.
Douze laboratoires, mais quel équipement ?
Un laboratoire d’intelligence artificielle ne se résume pas à quelques ordinateurs connectés. Il suppose des machines suffisamment performantes, une connexion fiable, des logiciels, éventuellement des services cloud, mais aussi des formateurs capables d’enseigner l’utilisation de ces outils dans des métiers concrets.
Or, les sources publiques consultées ne précisent ni le budget consacré aux 12 laboratoires, ni leur localisation, ni leur niveau d’équipement, ni le calendrier détaillé de leur déploiement.
C’est pourtant là que se jouera la crédibilité du projet. Les laboratoires permettront-ils simplement une initiation aux outils d’IA générative ou proposeront-ils une véritable formation appliquée à l’industrie, à la maintenance, à l’énergie, aux télécommunications ou au développement informatique ? Et surtout, combien coûteront leur équipement initial, leur maintenance et leur renouvellement technologique ?
Le ministère avait déjà inscrit la création de laboratoires d’intelligence artificielle parmi les axes de modernisation de la formation professionnelle. Le passage de l’intention à douze unités concrètes marque donc une étape supplémentaire, sans encore renseigner sur l’effort financier nécessaire.
Près de 26 000 places et de nouveaux métiers
La réforme dépasse toutefois l’IA. L’ATFP a programmé 25 837 places pour les sessions de septembre et novembre 2026, contre 23 750 pour la session de septembre 2025, soit une progression annoncée d’environ 9 %. Six nouvelles spécialités font leur apparition, parmi lesquelles les techniques de communication, la programmation web et mobile et l’installation de systèmes solaires.
Le système attire aussi un public qui lui échappait traditionnellement davantage : environ 6 000 titulaires du baccalauréat ont candidaté cette année à une formation professionnelle.
L’effort matériel ne part pas de zéro. Plus de 60 centres ont fait l’objet d’interventions sur leurs infrastructures, tandis que la capacité d’hébergement atteint environ 17 000 lits. Des équipements numériques et industriels ont également été déployés.
Mais l’IA pose une difficulté particulière : son obsolescence est rapide. Acheter du matériel une fois ne suffit pas. Il faudra financer la formation continue des formateurs, les mises à niveau, les logiciels et la connectivité.
Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le nombre de laboratoires inaugurés, mais le nombre de jeunes capables, à leur sortie, de convertir ces équipements en compétences recherchées et en emplois.
Les chiffres clés
12 laboratoires d’intelligence artificielle annoncés
25 837 places programmées pour septembre et novembre 2026
≈ 6 000 candidats titulaires du baccalauréat
17 000 lits de capacité d’hébergement
6 nouvelles spécialités
+9 % environ d’offres de formation annoncées par rapport à septembre 2025


