La Sonede et l’Instance nationale de sécurité sanitaire affirment que l’eau distribuée par le réseau public tunisien est potable. Une affirmation importante dans un contexte de tensions sur l’eau embouteillée. Mais les standards internationaux rappellent qu’une eau conforme après traitement peut voir sa qualité évoluer pendant son passage dans un réseau vieillissant, notamment en cas de fuites, de corrosion ou de baisses de pression.

La question ne s’arrête pas à la sortie de l’usine de traitement. Pour juger de la qualité de l’eau du robinet, il faut aussi regarder ce qui se passe pendant son transport jusqu’au consommateur.

Aïda Bouziri, responsable des analyses physico-chimiques au laboratoire central de la Sonede, a assuré que l’eau distribuée passe par plusieurs étapes de traitement et de désinfection. L’Instance nationale de sécurité sanitaire des produits alimentaires a également confirmé début septembre la potabilité de l’eau distribuée par la Sonede.

Cette convergence institutionnelle constitue un élément rassurant. Elle ne signifie toutefois pas qu’un réseau de distribution est exempt de risques ponctuels.

Le réseau, maillon sensible de la qualité

L’Organisation mondiale de la santé considère que la sécurité sanitaire doit être maîtrisée du captage jusqu’au consommateur. Dans ses recommandations actualisées en 2026, l’OMS insiste sur l’intégrité des conduites, la prévention des contaminations extérieures, la maîtrise des biofilms et l’utilisation de matériaux ne relarguant pas de substances dangereuses.

Une conduite ancienne n’altère pas automatiquement l’eau. Le risque augmente cependant lorsqu’elle est corrodée, fissurée ou associée à des coupures et pertes de pression. Une baisse de pression peut favoriser l’intrusion d’eau contaminée à travers une fuite ou un joint défectueux. La stagnation peut aussi favoriser les dépôts et les biofilms.

Les matériaux constituent un autre sujet. Certaines canalisations ou installations intérieures peuvent relarguer du plomb, du cuivre, du fer ou d’autres substances sous l’effet de la corrosion. Aux États-Unis, c’est précisément pour cette raison que l’EPA impose des prélèvements aux robinets des consommateurs et des mesures de contrôle de la corrosion.

La Tunisie prévoit déjà des contrôles au robinet

La norme tunisienne NT 09.14(2013), toujours indiquée comme en vigueur par l’INNORPI, couvre les eaux destinées à la consommation humaine distribuées par canalisation. Elle prévoit des exigences microbiologiques, physico-chimiques et organoleptiques ainsi que des programmes de prélèvement, y compris au niveau du robinet.

Le véritable enjeu est donc moins de savoir si des normes existent que de disposer de résultats récents et suffisamment détaillés sur leur application : âge et matériaux des conduites, fréquence des ruptures, pertes de pression, contrôles après coupures et résultats par zone de distribution.

Pour le consommateur, cette transparence permettrait de distinguer deux questions souvent confondues : la conformité générale de l’eau distribuée et la qualité effectivement observée à un robinet donné, à un moment donné.


REPÈRES — Tunisie / OMS / Union européenne / États-Unis

Référence Principe appliqué
Tunisie La norme NT 09.14(2013), en vigueur selon l’INNORPI, fixe des critères microbiologiques, physico-chimiques et organoleptiques et prévoit des prélèvements sur le réseau et au robinet.
OMS Gestion du risque « du captage au consommateur ». Surveillance de l’intégrité des réseaux, des contaminations, biofilms, sédiments et matériaux des conduites.
Union européenne E. coli et entérocoques : 0/100 ml. Plomb : 10 µg/l actuellement, puis 5 µg/l au plus tard en 2036. L’eau ne doit pas être corrosive.
États-Unis Contrôles du plomb et du cuivre au robinet, maîtrise de la corrosion et inventaire/remplacement des branchements en plomb. Le programme fédéral prévoit le remplacement des conduites concernées, avec certaines exceptions, sur dix ans.

 

À retenir : l’existence de conduites anciennes ne permet pas d’affirmer que l’eau est impropre à la consommation. Mais les références internationales montrent qu’une déclaration de potabilité gagne à être accompagnée de contrôles représentatifs jusqu’au point de consommation, en particulier après les coupures, ruptures ou variations de pression.