Le président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche (URAP) à Jendouba, Lotfi Jammazi, a appelé le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche à revoir à la baisse la nouvelle tarification de l’eau d’irrigation, fixée entre 170 millimes et plus de 200 millimes le m3.

Dans une déclaration à l’Agence TAP, il a indiqué que les agriculteurs de la région appréhendent particulièrement l’entrée en vigueur de cette nouvelle tarification, dans un contexte marqué par le poids des dettes accumulées au fil des années, tant au titre de la consommation d’eau d’irrigation que des engagements bancaires.

« l’État est directement concerné par la résolution de cette problématique », a-t-il souligné, appelant à tourner la page d’une période lourde de difficultés pour les agriculteurs, en particulier les petits exploitants, qui représentent, selon lui, près de 80% de l’ensemble des agriculteurs de la région.

Le président de l’organisation agricole régionale a estimé, par ailleurs, que l’effacement total ou partiel des dettes contribuerait à restaurer la confiance des agriculteurs dans leur activité, à les inciter à diversifier leur production et à renforcer leur contribution à la sécurité alimentaire du pays, notamment dans un contexte international marqué par la hausse préoccupante des prix des céréales et d’autres produits alimentaires sur les marchés mondiaux.

De leur côté, plusieurs agriculteurs ont fait part, dans des déclarations concordantes à la TAP, de leurs vives inquiétudes face à cette nouvelle tarification, qui intervient au moment même de l’achèvement des travaux de renouvellement du réseau d’irrigation dans les périmètres irrigués de Bouhertma 1 et Bouhertma 2.

Selon eux, cette hausse risque de décourager les agriculteurs et les éleveurs et de les pousser à se détourner progressivement de leurs activités, d’autant que le coût de l’irrigation ne serait pas proportionnel aux revenus susceptibles d’être générés par la production. Une situation qui compromettrait les perspectives de maintien et de développement de l’activité agricole.

D’autres exploitants ont souligné que l’alimentation animale, qu’il s’agisse de fourrages verts ou secs, ainsi que les céréales, les cultures maraîchères et la betterave sucrière, nécessitent, dans un contexte de changements climatiques de plus en plus contraignants, des volumes considérables d’eau d’irrigation.

Ils estiment dès lors que l’application de cette nouvelle tarification risque d’accentuer le désengagement des agriculteurs et d’accélérer leur abandon d’un secteur qu’ils qualifient de vital pour l’économie et la sécurité alimentaire du pays.

En revanche, une source administrative relevant du commissariat régional au développement agricole (CRDA) de Jendouba a précisé que la tarification arrêtée était le résultat d’un long et large processus de concertation avec les différentes structures professionnelles agricoles.

Selon des rapports administratifs et associatifs présentés lors des séances d’ouverture des campagnes agricoles ou à l’occasion des réunions ordinaires des groupements de développement dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche maritime, un hectare de blé consomme plus de 4.000 m3 d’eau, tandis que les besoins d’un ha de betterave sucrière dépassent 8.000 m3. Les besoins hydriques de certaines autres cultures peuvent, quant à eux, excéder ces volumes.