La Tunisie ouvre un concours pour recruter 434 médecins spécialistes de santé publique, ainsi que 52 pharmaciens et 53 médecins-dentistes. Derrière cette opération se dessine un problème plus profond : la forte concentration des compétences médicales et les pénuries persistantes dans plusieurs régions et spécialités.
Le chiffre est suffisamment important pour dépasser le simple cadre d’un concours administratif. Avec 434 postes de médecins spécialistes, dont 433 destinés au ministère de la Santé et un à l’Instance nationale de l’évaluation et de l’accréditation dans le domaine de la santé, l’État cherche à renforcer un système public sous tension.
Le concours doit débuter le 16 novembre 2026, après une clôture des candidatures prévue le 16 octobre. D’autres recrutements sont également ouverts pour 52 pharmaciens et 53 médecins-dentistes.
Près d’un cinquième des effectifs actuels
Le ministère de la Santé recense environ 2 347 médecins spécialistes dans le secteur public. Rapportés à cet effectif, les 434 postes annoncés représentent l’équivalent d’environ 18,5 % du nombre actuel de spécialistes.
Cette proportion ne signifie toutefois pas que les effectifs augmenteront automatiquement dans les mêmes proportions. Une partie des recrutements peut servir à remplacer des départs, combler des postes vacants ou répondre à des besoins déjà identifiés dans les hôpitaux.
Le véritable enjeu est ailleurs : où ces médecins seront-ils affectés et dans quelles spécialités ?
Une fracture sanitaire territoriale
Les données disponibles montrent que la Tunisie souffre autant d’un problème de répartition que d’un problème d’effectifs.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, la densité médicale atteint environ 21 médecins pour 10 000 habitants dans le Grand Tunis, contre seulement 6,2 dans le Centre-Ouest.
L’écart est encore plus sensible pour les spécialistes. Le Grand Tunis affiche environ 13,7 spécialistes pour 10 000 habitants, tandis que le Centre-Ouest reste la région la moins dotée.
Certaines disciplines sont particulièrement sous tension. L’OMS relève notamment l’absence de spécialistes en anesthésie-réanimation ou en pédopsychiatrie dans plusieurs gouvernorats. Les autorités ont aussi signalé des besoins en radiologie, médecine d’urgence, psychiatrie et pédiatrie.
Ces pénuries ont un effet qui dépasse le nombre de consultations. Sans anesthésiste, certaines interventions chirurgicales ne peuvent pas être programmées. Sans radiologue, le diagnostic et la prise en charge de nombreux patients ralentissent.
Recruter, puis retenir
Le concours répond également à une autre pression : la migration des professionnels de santé. L’OMS identifie le départ à l’étranger des compétences médicales parmi les facteurs qui fragilisent les ressources humaines du secteur.
Pour les pouvoirs publics, le défi est donc triple : recruter, mieux répartir et fidéliser.
Le succès de l’opération ne se mesurera pas seulement au nombre de postes ouverts. Il dépendra du nombre de postes effectivement pourvus, de leur répartition entre régions et spécialités et, surtout, de la capacité du système public à maintenir durablement ces médecins dans les zones les plus déficitaires.
– 433 postes pour le ministère de la Santé
– 52 pharmaciens
– 53 médecins-dentistes
– 2 347 médecins spécialistes actuellement recensés dans le public
– 18,5 % : poids des 434 postes par rapport à cet effectif
– 21 médecins pour 10 000 habitants dans le Grand Tunis
– 6,2 pour 10 000 dans le Centre-Ouest
– 13,7 spécialistes pour 10 000 habitants dans le Grand Tunis


