Avec un potentiel estimé à 50 000 milliards de pieds cubes de gaz naturel et plusieurs milliards de barils de pétrole, le bassin de Ghadamès ne concerne pas seulement l’Algérie et la Libye. La Tunisie en partage également la géologie. Pour Tunis, l’enjeu n’est pas de revendiquer une part théorique de cette richesse, mais de savoir si son Sud peut attirer de nouvelles explorations et transformer ce potentiel en ressources exploitables.
Le chiffre frappe par son ampleur : 50 Tcf de gaz naturel, soit 50 000 milliards de pieds cubes, auxquels s’ajoute un potentiel pétrolier historique estimé autour de 3,5 milliards de barils. Mais derrière ces volumes, souvent présentés comme une manne algéro-libyenne, se trouve une réalité plus large : le bassin de Ghadamès s’étend aussi sur le territoire tunisien.
D’une superficie d’environ 390 000 km², cette vaste province géologique saharienne traverse les frontières de l’Algérie, de la Libye et de la Tunisie. Les données relayées en 2026 mettent surtout en avant les portions algérienne et libyenne, où l’exploration est plus avancée. Elles ne signifient toutefois pas que 50 Tcf de gaz viennent d’être découverts, ni que ces volumes constituent des réserves prouvées immédiatement disponibles.
La nuance est essentielle. Une ressource géologique estimée n’équivaut pas à une réserve commercialement exploitable.
La reprise de l’exploration change la donne
L’actualité la plus concrète est venue de Libye. En avril 2026, Sonatrach et la National Oil Corporation libyenne ont annoncé une nouvelle découverte dans le bassin. Le puits A1-69/02, situé à environ 70 kilomètres du champ de Wafa, a enregistré lors des essais un débit de 13 millions de pieds cubes de gaz par jour et de 327 barils de condensats par jour.
Ces résultats confirment que Ghadamès reste une zone active d’exploration plusieurs décennies après ses premières découvertes.
L’Algérie et la Libye disposent par ailleurs d’une assise énergétique considérable : environ 159 Tcf de réserves prouvées de gaz pour l’Algérie et près de 53 Tcf pour la Libye, soit plus de 210 Tcf à elles deux.
Ce que cela change pour la Tunisie
Pour la Tunisie, le contraste est saisissant. Le pays partage cette même architecture géologique mais reste beaucoup plus modestement doté en hydrocarbures et dépend fortement des importations énergétiques.
C’est précisément ce qui rend Ghadamès stratégique.
La présence d’un bassin productif de part et d’autre de ses frontières ne garantit aucune découverte majeure en territoire tunisien. Elle peut en revanche renforcer l’intérêt pour de nouvelles campagnes sismiques, de nouveaux permis et des investissements d’exploration dans le Sud.
L’enjeu est autant financier que géologique. Transformer un potentiel souterrain en production nécessite des forages, des infrastructures, des capitaux et des conditions réglementaires capables d’attirer les compagnies.
Pour Tunis, la véritable question n’est donc pas de savoir si la Tunisie est « assise » sur une fraction des 50 000 milliards de pieds cubes de gaz attribués au bassin. Les données disponibles ne permettent pas de le dire ainsi.
La question est plus concrète : quelle part de ce potentiel transfrontalier peut-elle réellement identifier, certifier et exploiter ?
À mesure que l’exploration redémarre côté libyen et que Sonatrach renforce sa présence dans la zone, cette question pourrait prendre une importance croissante dans la stratégie énergétique tunisienne.


