La Tunisie a enregistré 13 463 incendies entre le 1er juin et le 30 août 2026, dont 239 feux de forêt ayant touché plus de 14 000 hectares. Alors que le FTDES réclame une évaluation indépendante de la stratégie nationale de prévention, une question reste sans réponse claire : combien l’État consacre-t-il réellement à prévenir les incendies avant qu’ils ne deviennent des catastrophes ?
Le débat dépasse désormais Bargou, Siliana ou Oueslatia. Après un été marqué par une forte pression sur les massifs forestiers, la prévention des incendies devient une question nationale de politique publique, mais aussi d’efficacité de la dépense.
Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a demandé, le 3 septembre, une évaluation publique et indépendante de la stratégie nationale lancée par le ministère de l’Agriculture avant la saison estivale. Le Forum réclame notamment un examen du niveau de préparation, des moyens humains et matériels mobilisés et de l’efficacité du dispositif.
Cette stratégie existe bien sur le papier. Elle prévoit notamment l’entretien des pistes forestières, l’aménagement de coupe-feu, la maintenance des centres forestiers, la surveillance des zones à risque, le contrôle des machines agricoles et le renforcement des équipements d’intervention.
Mais les documents budgétaires accessibles ne permettent pas d’isoler une enveloppe nationale spécifiquement consacrée à la prévention des incendies.
Des centaines de millions, mais pour quelles missions ?
Pour 2026, le programme « forêts et aménagement des terres agricoles » dispose de 379,888 millions de dinars de crédits de paiement, contre 371,790 millions en 2025, soit une hausse de 2,2 %.
Ce montant ne peut toutefois pas être présenté comme un budget anti-incendies. Il couvre l’ensemble des politiques liées aux forêts, aux terres agricoles, aux rémunérations, aux équipements et aux projets de gestion et de restauration des écosystèmes.
Même constat du côté de la Protection civile. Son programme budgétaire atteint environ 373,65 millions de dinars en 2026, mais cette enveloppe finance toutes ses missions : incendies, secours, accidents, catastrophes et sauvetage.
Additionner ces deux budgets donnerait donc une image trompeuse de l’effort consacré exclusivement à la prévention.
Le vrai indicateur : la performance
La question posée par le FTDES ne porte donc pas seulement sur le montant dépensé, mais sur son efficacité.
Combien de kilomètres de coupe-feu ont été réalisés avant l’été ? Combien de pistes ont été entretenues ? Quel pourcentage des équipements était opérationnel ? Quel était le délai moyen entre la détection d’un feu et la première intervention ? Quelle part des crédits prévus a réellement été exécutée ?
Ces indicateurs sont d’autant plus importants que, le 23 juillet, la Direction générale des forêts évaluait encore à environ 4 400 hectares les superficies forestières touchées depuis le 1er mai. Un peu plus d’un mois plus tard, le bilan dépassait 14 000 hectares.
Cette progression ne suffit pas, à elle seule, à conclure à l’échec de la stratégie préventive. Les conditions météorologiques, les vents, la sécheresse de la végétation et la simultanéité des foyers influencent fortement la gravité des incendies.
Elle renforce toutefois une exigence : rendre la dépense publique plus lisible et mesurable.
- 13 463 incendies recensés du 1er juin au 30 août 2026
- 239 feux de forêt
- Plus de 14 000 hectares touchés
- 379,888 MDT pour le programme forêts et aménagement des terres agricoles
373,65 MDT pour le programme Protection civile - +2,2 % de hausse du budget du programme forestier par rapport à 2025
- Budget spécifiquement consacré à la prévention des incendies : non isolé dans les documents publics consultés
L’enjeu est désormais moins de savoir si la Tunisie dépense pour ses forêts et sa Protection civile que de mesurer combien elle investit réellement pour empêcher les incendies — et ce que chaque dinar dépensé permet d’éviter.


