La Russie multiplie les relais auprès du secteur privé tunisien. Selon Africa Intelligence, Moscou chercherait désormais à davantage s’appuyer sur la CONECT, alors que l’UTICA traverse des difficultés. Ce repositionnement intervient dans un contexte de multiplication des missions commerciales tuniso-russes, malgré un recul marqué des importations en provenance de Russie.
Moscou semble vouloir diversifier ses portes d’entrée dans l’économie tunisienne. Le 3 septembre, Africa Intelligence rapporte que la Russie cherche à renforcer ses liens avec la CONECT afin de structurer davantage son action économique et commerciale en Tunisie, sur fond de fragilisation de l’UTICA.
Le contenu intégral de l’article étant réservé aux abonnés, les sources publiques disponibles ne permettent toutefois pas d’établir qu’un transfert formel du centre de gravité patronal de l’UTICA vers la CONECT est déjà engagé. Elles montrent en revanche une multiplication des initiatives visant à reconstruire et densifier les réseaux d’affaires entre les deux pays.
Un réseau économique en reconstruction
Le 30 avril 2026, le CEPEX a reçu Tatiana Sadofyeva, présidente du Conseil d’affaires russo-tunisien, pour examiner les moyens d’accroître les exportations tunisiennes vers la Russie et, plus largement, vers l’espace eurasiatique.
Le même jour, la responsable russe a rencontré la FIPA. L’agence tunisienne de promotion de l’investissement indiquait alors que 12 entreprises russes étaient opérationnelles en Tunisie.
Les contacts se sont depuis accélérés. En juin, quatre entreprises tunisiennes, principalement actives dans l’huile d’olive, ont participé aux Neva Buyers Week à Saint-Pétersbourg. Elles y ont tenu 84 rendez-vous B2B avec des acheteurs russes.
Une nouvelle mission d’affaires tunisienne est programmée à Moscou du 13 au 20 septembre 2026, parallèlement au salon WorldFood Moscow.
Cette succession de rencontres suggère une stratégie de diversification des relais : Conseil d’affaires russo-tunisien, CEPEX, FIPA, Chambre de commerce tuniso-russe, organisations patronales et réseaux privés.
La CONECT profite d’un espace qui s’ouvre
Dans ce dispositif, la CONECT possède un avantage : son réseau est fortement orienté vers les PME, les partenariats internationaux et les rencontres B2B. Elle peut donc constituer un interlocuteur utile pour des entreprises russes à la recherche de partenaires locaux.
Cela ne signifie pas pour autant que l’UTICA sorte du jeu. L’organisation patronale reste active, mais elle traverse des difficultés financières et institutionnelles rapportées publiquement au cours de l’été 2026.
La recomposition actuelle ressemble donc davantage à une diversification des intermédiaires qu’à un remplacement déjà acté.
Des échanges pourtant en recul
Le paradoxe est que cette diplomatie d’affaires s’intensifie au moment où les flux commerciaux ralentissent.
En 2024, la Russie représentait environ 7 % des importations tunisiennes, soit près de 1,75 milliard de dollars.
Mais les importations tunisiennes en provenance de Russie ont diminué de 22,3 % en 2025, puis de 43,8 % sur les sept premiers mois de 2026, selon l’Institut national de la statistique.
L’enjeu pour Tunis est donc clair : transformer le regain de contacts politiques et patronaux en contrats et, surtout, accroître les exportations tunisiennes vers un marché russe avec lequel la relation commerciale demeure fortement déséquilibrée.
Les chiffres clés
- 1,75 milliard de dollars : importations tunisiennes depuis la Russie en 2024.
- 7 % : part de la Russie dans les importations tunisiennes en 2024.
- –22,3 % : recul des importations russes en 2025.
- –43,8 % : baisse sur janvier-juillet 2026.
- 12 entreprises russes opérationnelles en Tunisie, selon la FIPA.
- 84 rendez-vous B2B réalisés à Saint-Pétersbourg en juin 2026.
- 13-20 septembre 2026 : prochaine mission tunisienne à Moscou.


