Porté par un bénéfice net vertigineux de 62,7 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, Amazon affiche une santé financière en apparence insolente. Pourtant, derrière ce chiffre spectaculaire se cache une illusion comptable liée à sa participation dans Anthropic, tandis que la course effrénée aux infrastructures IA assèche la trésorerie du géant de Seattle.

1. Une plus-value d’investisseur qui masque la réalité opérationnelle

Le chiffre fait tourner les têtes : un bénéfice net multiplié par trois en un an. En réalité, cette envolée doit l’essentiel de son éclat à un produit non opérationnel comptable de 53,4 milliards de dollars avant impôts, découlant de la revalorisation de sa participation dans la pépite de l’IA, Anthropic. Pour mesurer la santé réelle de l’entreprise, le regard doit se porter sur le résultat d’exploitation. Établi à 27,5 milliards de dollars (+43 %), ce dernier confirme une solide trajectoire opérationnelle, mais bien éloignée du bond de 240 % suggéré par le résultat net final.

AMAZON T2 2026

2. AWS réenclenche le turbo sur fond de demande saturée

La véritable performance économique vient d’Amazon Web Services (AWS). La division cloud enregistre une accélération décisive avec des ventes à 42,2 milliards de dollars, en hausse de 37 % sur un an. Les capacités de calcul en IA et les puces propriétaires (Trainium, Inferentia) dépassent chacune un rythme annualisé de 25 milliards de dollars. La demande demeure telle qu’Amazon admet ne pas pouvoir fournir l’ensemble de ses clients, comptant pourtant des leaders comme OpenAI, Meta ou Anthropic.

3. Le vertige des CapEx : 220 milliards engagés dans la pierre et le silicium

Pour combler ce déficit de capacité, le PDG Andy Jassy pousse les feux de l’investissement. Amazon a révisé à la hausse son budget d’investissement (CapEx) pour 2026, désormais porté à 220 milliards de dollars. Conséquence directe de cet effort titanesque dans les datacenters et les composants : le flux de trésorerie disponible (Free Cash-Flow) s’effondre à -7,6 milliards de dollars sur douze mois glissants, contre +18,2 milliards un an plus tôt.

4. Publicité rentable et perspectives modérées

Heureusement pour la rentabilité globale, le segment publicitaire confirme son rôle de relais de croissance à forte marge, générant 19,8 milliards de dollars (+26 %). Il atténue l’effet des marges plus faibles de la vente en ligne, bien que le Prime Day ait boosté les volumes de fin de trimestre. Néanmoins, pour le troisième trimestre, le groupe livre des prévisions prudentes (chiffre d’affaires attendu entre 197 et 202 milliards de dollars), rappelant que le retour sur investissement des infrastructures IA prendra entre deux et trois ans avant d’impacter durablement les flux récurrents.

EN BREF

  • Bénéfice artificiel : Le bénéfice net de 62,7 Mds $inclut un gain comptable exceptionnel de 53,4 Mds$ lié à Anthropic.
  • Accélération d’AWS : Le cloud d’Amazon progresse de 37 % sur un an, atteignant 42,2 Mds $ de chiffre d’affaires trimestriel.
  • Cash-flow dans le rouge : Le flux de trésorerie disponible sur 12 mois chute à -7,6 Mds $ sous le poids des investissements.
  • Dépenses record : Amazon prévoit 220 Mds $ de CapEx en 2026 pour bâtir ses infrastructures d’intelligence artificielle.
  • Moteur publicitaire : Les recettes publicitaires bondissent de 26 % à 19,8 Mds $, consolidant les marges opérationnelles.