IA Intelligence artificiellePrès de 48 % des internautes tunisiens déclarent utiliser l’intelligence artificielle, soit davantage que le commerce électronique ou les services administratifs en ligne. Cette adoption rapide révèle une société fortement connectée, mais aussi une transformation numérique encore déséquilibrée entre usages individuels, équipements et services publics.

L’intelligence artificielle s’installe dans les usages

L’intelligence artificielle est déjà entrée dans les habitudes numériques d’une grande partie des Tunisiens. Selon une synthèse publiée par THD.tn, à partir de l’enquête 2026 de l’Observatoire de l’Instance nationale des télécommunications (INT), 47,9 % des usagers d’Internet déclarent recourir à l’IA.

Ce résultat place l’intelligence artificielle devant plusieurs usages numériques désormais classiques. Les services en ligne sont utilisés par 41,3 % des internautes interrogés, tandis que 36,9 % déclarent effectuer des achats sur Internet. Les services d’administration électronique ferment la marche, avec un taux d’utilisation limité à 26,5 %. THD.tn

Cette hiérarchie est révélatrice. Les outils d’IA, dont l’accès est souvent immédiat à partir d’un smartphone, semblent se diffuser plus rapidement que des services numériques nécessitant des démarches plus structurées, des moyens de paiement, une identification électronique ou une relation de confiance avec une plateforme.

Le taux de 47,9 % doit néanmoins être interprété avec prudence. Il correspond à une déclaration d’usage auprès des internautes interrogés. En l’absence du rapport méthodologique complet, il ne permet pas encore de connaître la fréquence d’utilisation, les outils concernés ou la nature des usages : recherche d’information, production de contenus, études, travail ou divertissement.

Une transformation dominée par le smartphone

L’enquête dessine également le profil d’une Tunisie de plus en plus connectée et principalement mobile. Quelque 85,9 % des personnes composant l’échantillon déclarent utiliser Internet, 95,4 % disposer d’une ligne mobile et 84,3 % posséder un smartphone.

À l’inverse, seulement 41 % des personnes interrogées déclarent posséder un ordinateur. Parmi les internautes, 70,4 % accèdent au réseau au moyen d’une connexion mobile. Ces résultats confirment que le smartphone tend à devenir le principal point d’entrée vers les contenus et services numériques.

La comparaison avec la précédente enquête publiée par l’INT illustre cette évolution, même si les méthodologies doivent être rapprochées avant de mesurer précisément les écarts. En 2023, 75 % de l’échantillon déclaraient utiliser Internet et 44,4 % posséder un ordinateur.

Cette domination du mobile accélère l’accès à l’information et aux applications d’IA. Elle peut cependant devenir une limite pour les usages professionnels exigeants, la formation avancée, la programmation, la gestion de documents ou certaines démarches administratives complexes.

Le retard préoccupant de l’administration numérique

Le faible recours à l’administration électronique constitue le principal point d’alerte. Alors que près d’un internaute sur deux déclare utiliser l’IA, à peine plus d’un sur quatre recourt aux services publics numériques.

Cet écart ne signifie pas nécessairement que les citoyens refusent la dématérialisation. Il peut aussi traduire une offre insuffisante, des plateformes dispersées, des procédures encore partiellement numérisées ou une expérience utilisateur peu adaptée au smartphone.

L’enjeu économique dépasse la modernisation administrative. Des services publics véritablement numériques peuvent réduire les délais, les déplacements et les coûts supportés par les citoyens comme par les entreprises. Ils peuvent également améliorer la traçabilité des démarches et faciliter l’investissement.

La Tunisie dispose donc d’une base d’utilisateurs connectés et manifestement réceptifs aux nouvelles technologies. Le prochain défi sera de transformer cette adoption spontanée de l’IA en gains de compétences et de productivité, tout en rapprochant les services publics du niveau de maturité numérique atteint par les citoyens.