plan de développementL’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a adopté, le 10 juillet 2026, le projet de loi relatif au plan de développement 2026-2030, avec 64 voix pour, 24 contre et 15 abstentions. Présenté par le gouvernement comme une feuille de route pour les cinq prochaines années, ce plan fixe les grandes orientations économiques et sociales du pays.

À travers un vaste programme d’investissement prévu par ce plan, le gouvernement ambitionne de stimuler la croissance économique, d’améliorer le climat des affaires, de renforcer l’accès des citoyens aux services publics essentiels et de promouvoir un développement plus inclusif, tout en veillant à la préservation de l’environnement et à la gestion durable des ressources naturelles

1- Nouvelle approche de planification :

Élaboré selon une approche inclusive et participative accordant un rôle central aux collectivités territoriales dans l’identification et la conception des projets de développement, ce plan ambitionne de promouvoir un développement plus équilibré entre les régions, de moderniser les infrastructures et d’engager des réformes structurelles dans plusieurs secteurs structurants.

2- Montant de l’investissement :

Le plan prévoit un investissement global de global de 101,835 milliards de dinars lequel va servir à financer un portefeuille de 21.100 projets et programmes publics dont 14.624 nouveaux projets.

Sur ce total de nouveaux projets 8.506 ont été proposés directement par les conseils élus, soit près de 58%. Ils viennent s’ajouter à 6.476 opérations déjà engagées avant 2026, principalement dans les domaines des infrastructures routières, des équipements publics, de la santé, de l’éducation, des transports et des ressources en eau.

3- Répartition des projets :

Le plan prévoit 5.629 projets dédiés au programme de développement régional et 3.370 projets au nouveau Programme de développement inclusif. Les projets à vocation locale représentent 70 % de l’ensemble du portefeuille, contre 17 % pour les projets régionaux, 11 % pour les projets nationaux et 2 % pour les projets interrégionaux.

4- Priorité aux infrastructures :

Avec 44,513 milliards de dinars, soit 43,7 % des investissements programmés, le secteur des infrastructures et des services concentre la plus importante enveloppe financière. Les crédits permettront de financer 7.930 projets, portant notamment sur les routes, les ponts, les équipements municipaux, la protection du littoral et les ouvrages de prévention contre les inondations.

5- Mention spéciale pour les chantiers routiers :

Le plan mise sur un vaste programme d’infrastructures routières. Objectifs : fluidifier les déplacements, faciliter l’accès aux services essentiels et stimuler l’investissement dans les zones les moins développées.

Au nombre des projets programmés : l’achèvement de l’autoroute Tunis Jelma (186 kms), réalisé actuellement à hauteur de 34% , l’autoroute Bousalem et la frontière algérienne (75Km), le raccordement du Kef au réseau autoroutier via une liaison de 115 kilomètres traversant Béja et Siliana, la transformation en autoroute, voire en corridor économique, de la route nationale 13 entre Kasserine et Sfax via Sidi Bouzid et kairouan sur 181 kilomètres, Un autre corridor majeur reliera Kasserine, Gafsa, Gabès, Tozeur et Kébili sur près de 480 kilomètres via les routes nationales 15, 16 et RN3. Objectifs : relier et approcher les régions intérieures des pôles industriels et portuaires du littoral.

6- Equipements collectifs et services de proximité :

Ce secteur comporte le plus grand nombre de projets avec 11.311 opérations, pour une enveloppe de 27,963 milliards de dinars. Les investissements cibleront principalement les établissements scolaires et universitaires, les structures de santé, les infrastructures sportives, les équipements destinés à la jeunesse ainsi que les infrastructures culturelles.

7- Industrie :

Le secteur de l’industrie, de l’énergie et des mines bénéficiera de 17,775 milliards de dinars pour financer 303 projets, avec pour objectif d’accélérer la transition énergétique et de porter la part des énergies renouvelables à 35 % de la production électrique nationale à l’horizon 2030, tout en développant les activités minières et gazières.

8- Agriculture :

Une enveloppe de 11,584 milliards de dinars sera mobilisée pour lancer 1.556 projets dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et des ressources hydrauliques. Objectifs : renforcer la sécurité alimentaire et hydrique, soutenir les filières agricoles et mieux mobiliser les ressources en eau.

9- Répartition par district et poids démographique :

Selon les projections du document, cette programmation correspond à une moyenne nationale d’un projet pour environ 599 habitants.

Le troisième district, district 3 (Siliana, Sousse, Kasserine, Kairouan, Monastir et Mahdia (3 109 961 habitants) concentre le plus grand nombre de projets avec 5.632 opérations, devant le deuxième district, Distrct 2 (Tunis, Ariana, Ben Arous, Zaghouan, Manouba et Nabeul (3 965 808 habitants) avec 4.439 projets.

Viennent ensuite le quatrième district, District 4 (Tozeur, Sidi Bouzid, Sfax et Gafsa ( 1 959 912 habitants ) avec 3.754 projets) et le premier district, Distrct 1 (Bizerte/Béja/Jendouba/Le Kef (1 561 630 habitants) avec 3.141 projets et le cinquième district, Distrct 5 (Tataouine, Gabès, Kébili et Médenine ( 1 252 919 habitants) avec 2.629 projets.

10- Financement du plan, un financement largement assuré par l’État

Le financement du portefeuille repose sur une diversification des ressources afin de limiter la pression sur les finances publiques.

Le budget de l’État assurera 61 % des investissements, soit 61,847 milliards de dinars. Les entreprises et établissements publics financeront 30 % du programme, pour un montant de 31,990 milliards de dinars.

Les partenariats public-privé (PPP) contribueront à hauteur de 9 %, soit près de 7,998 milliards de dinars, destinés notamment aux projets de gestion des déchets, d’assainissement, d’énergies renouvelables, de transport multimodal et de développement touristique.

Et pour ne rien oublier, le plan a été débattu au parlement. Il a suscité des réserves au sein de l’Assemblées des représentants du peuple (ARP).

Plusieurs députés ont reproché au plan un manque de précisions sur les mécanismes de financement et la faisabilité des objectifs annoncés, dans un contexte marqué par des contraintes budgétaires persistantes.

L’exécutif a défendu le projet en affirmant qu’il repose sur une nouvelle approche du développement, axée sur le renforcement de la compétitivité, la valorisation des ressources nationales et la mobilisation de nouvelles sources de financement.