Face au lourd tribut humain et économique des accidents de la route, la sécurité routière s’impose aujourd’hui comme une priorité majeure des politiques publiques en Tunisie. Au-delà de son impact sur la santé publique, l’insécurité routière engendre chaque année des coûts considérables pour l’économie nationale, tout en affectant durablement les familles, le système de santé et la productivité du pays.

Dans ce contexte, une nouvelle étude met en évidence qu’un investissement ciblé ne constitue pas seulement un impératif de protection des vies humaines, mais également un choix économiquement rentable, susceptible de générer d’importants bénéfices pour la collectivité.

Présentée, mercredi, lors de la Journée nationale d’étude sur l’importance de l’investissement dans la sécurité routière et les priorités de mise en œuvre de la stratégie nationale multisectorielle de sécurité routière, l’étude montre que la mise en œuvre d’un ensemble de mesures fondées sur des données scientifiques, notamment l’amélioration des infrastructures routières, le renforcement de la sécurité des piétons et des cyclistes, l’optimisation de la prise en charge des victimes d’accidents et une application plus rigoureuse de la réglementation, permettrait d’éviter plus de 17 300 décès et près de 5 700 cas d’invalidité permanente au cours des trente prochaines années.

Réalisée par le ministère de l’Intérieur, l’Observatoire national de la sécurité routière et le ministère de la Santé, cette étude souligne que la mise en œuvre de ces interventions permettrait d’éviter près de 65,95 milliards de dinars de pertes économiques au cours des trente prochaines années. Chaque dinar investi dans la sécurité routière générerait ainsi un retour sur investissement de 12,29 dinars.

À l’inverse, en l’absence de mesures urgentes, la Tunisie pourrait enregistrer, sur cette même période, près de 74 000 décès, plus de 235 000 blessés et quelque 9 500 cas d’invalidité permanente, selon les projections de l’étude. Autant de pertes humaines et économiques qui pourraient être largement évitées grâce à des investissements ciblés dans des interventions reconnues pour leur efficacité.

Les accidents de la route ont coûté 1,73 milliard de dinars en 2023

Cette étude, présentée à l’occasion de la Journée consacrée à l’importance de l’investissement dans la sécurité routière, organisée à l’initiative du ministère de l’Intérieur (Conseil national de la sécurité routière), de l’Observatoire national de la sécurité routière et du ministère de la Santé, en partenariat avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), souligne que les accidents de la route ont coûté à l’économie tunisienne environ 1,73 milliard de dinars en 2023, soit 1,15 % du produit intérieur brut (PIB). Cette même année, près de 10 000 victimes, entre décès et blessés de différents degrés de gravité, ont été enregistrées.

Cette étude a, aussi, été élaborée avec l’OMS, le Groupe de travail interinstitutions des Nations unies sur la prévention et la lutte contre les maladies non transmissibles, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et le Fonds des Nations unies pour la sécurité routière.

Le rapport constitue la première analyse nationale intégrée évaluant les conséquences sanitaires et économiques des accidents de la route sur les citoyens et la société tunisienne. Il identifie également les interventions prioritaires offrant le meilleur rapport coût-efficacité et le plus fort impact économique à l’horizon 2034.

L’organisation de cette journée d’étude s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale multisectorielle de sécurité routière et du renforcement des efforts nationaux visant à réduire la mortalité et les blessures liées aux accidents de la circulation.

Elle a permis de présenter les preuves scientifiques et économiques démontrant que l’investissement dans la sécurité routière ne constitue pas seulement un impératif de protection des vies humaines, mais représente également un levier essentiel pour réduire les coûts sociaux et économiques supportés par les citoyens et la collectivité nationale.

Un engagement renouvelé pour une mobilité plus sûre

Cette rencontre a également été l’occasion de présenter les priorités de la stratégie nationale multisectorielle de sécurité routière ainsi qu’un portefeuille de projets prioritaires, tout en ouvrant un dialogue avec les partenaires au développement, les institutions financières internationales et les bailleurs de fonds sur les perspectives de coopération technique et financière nécessaires à leur mise en œuvre. Cette approche vise à renforcer la gouvernance multisectorielle et à accélérer l’obtention de résultats concrets sur le terrain.

Les organisateurs ont réaffirmé leur engagement stratégique à consolider et élargir la coopération avec l’ensemble des partenaires nationaux et internationaux. Cette démarche vise à mettre en place un système de sécurité routière performant, inclusif et durable, axée sur quatre piliers fondamentaux, à savoir la sensibilisation et la prévention, la modernisation des infrastructures et technologies, le renforcement du cadre réglementaire et le partage d’expertises et de données.

Il s’agit, ainsi, d’intensifier les campagnes d’éducation au comportement routier et promouvoir une culture partagée de la prudence dès le plus jeune âge, d’intégrer des solutions technologiques innovantes pour anticiper et réduire les risques d’accident, de veiller à l’application rigoureuse de la réglementation.

En mettant en évidence le coût humain et économique de l’insécurité routière, cette étude plaide en faveur d’un changement d’approche, fondé sur la prévention, l’investissement et la coordination entre les différents acteurs concernés. Ses conclusions montrent que les dépenses consacrées à la sécurité routière ne doivent plus être perçues comme une charge, mais comme un investissement stratégique, capable de sauver des milliers de vies, de réduire durablement les traumatismes liés aux accidents et d’alléger le poids financier supporté par l’État et la collectivité.