La hausse spectaculaire des prix du cheptel en Tunisie, où le prix moyen d’une brebis a été multiplié par plus de huit en seize ans, illustre les difficultés structurelles d’une filière fragilisée par le recul de la production, la diminution du cheptel reproducteur, l’augmentation des coûts de production et les effets des sécheresses successives, selon des données officielles.
D’après les statistiques de l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP), le prix moyen d’une brebis est passé d’une fourchette comprise entre 240 et 300 dinars en 2010 à près de 2.500 dinars au cours du premier semestre 2026, soit une hausse d’environ 800%.
Parallèlement, la production nationale de viande rouge a reculé d’environ 10% sur la même période, passant de 122.700 tonnes en 2010 à quelque 110.800 tonnes en 2025, alors que la demande demeure soutenue.
Les données présentées le 2 juillet devant la commission des secteurs productifs du Conseil national des régions et des districts (CNRD) attribuent cette évolution à une combinaison de facteurs économiques et climatiques.
Les représentants du ministère de l’Agriculture évoquent notamment l’envolée du coût des aliments pour bétail, sous l’effet de la hausse des prix mondiaux des céréales, du renchérissement des importations et du transport, ainsi que des épisodes répétés de sécheresse qui ont réduit la production de fourrages.
Les responsables du ministère ont également fait état d’un recul continu du cheptel national, particulièrement des femelles reproductrices, d’une baisse du nombre d’éleveurs et de difficultés d’accès au financement ayant conduit de nombreux exploitants à réduire leur activité ou à quitter le secteur. Cette situation a affecté la production nationale de viande rouge et de lait.
Le ministère du Commerce souligne, pour sa part, que le déficit structurel de la production est accentué par la recrudescence de la contrebande et de l’abattage clandestin, limitant davantage l’offre sur le marché.
Afin d’atténuer les tensions sur l’approvisionnement, les autorités ont procédé ces dernières années à des importations exceptionnelles de viandes réfrigérées et congelées, notamment durant les périodes de forte consommation.
Face à ces défis, le ministère de l’Agriculture a présenté un programme de relance à l’horizon 2030 visant à reconstituer le cheptel national et à améliorer la productivité de la filière.
Ce plan prévoit le soutien aux petits éleveurs, le développement de la production locale d’aliments pour bétail, le renforcement des services vétérinaires, l’amélioration génétique des races, la généralisation de l’identification électronique des animaux ainsi que la mise en place d’une plateforme numérique nationale de suivi du cheptel.
Le programme comprend également l’extension des cultures fourragères, la valorisation des sous-produits agricoles et industriels dans l’alimentation animale, le renforcement des campagnes de vaccination et la constitution d’un stock de régulation destiné à réduire la dépendance aux importations et à stabiliser le marché.


