Une certitude : la Tunisie est connue, depuis que le monde est monde, pour être un pays à climat aride souffrant d’une faible pluviométrie et dépendant des aléas climatiques.
Cette donne climatique, validée depuis des siècles par diverses sources pourtant crédibles, n’a pas été du goût de certains « climatologues tunisiens».
Décidés d’avoir le cœur net sur cette histoire, ces derniers sont parvenus à convaincre les décideurs de l’enjeu de vérifier scientifiquement cette donne climatique.
La Tunisie fait face à une aridité structurelle
Moyennant un financement de la Banque africaine de développement (un don semble- t-il), ils ont mené, une étude sur la période qui va de 1950 à 2018 sur l’aridité. C’est un rapport intitulé « Stratégies de planification, de préparation et de résilience face à la sécheresse : le cas de la Tunisie ».
Objectifs recherchés : vérifier une fois pour toutes l’identité climatique du pays et faire des recommandations du rapport élaboré, à cette fin, une boite à idées privilégiée pour y remédier.
Cette étude vient de révéler ses conclusions dont deux méritent d’être développées. La première a validé l’aridité climatique de la Tunisie. Comprendre : la Tunisie, loin d’être confrontée à une sécheresse passagère ou sporadique, comme, certaines parties seraient tentées de le croire, fait bel et bien face à une sécheresse structurelle.
La deuxième révélation de l’étude fait état de la capacité multiforme de la Tunisie à faire face à l’évolution, dans le temps, des conséquences de cette aridité.
Le rapport insiste beaucoup sur le défi que les tunisiens doivent relever pour faire passer la Tunisie d’une gestion réactive des crises de l’eau à une logique d’anticipation, de planification et de prévention. A ce sujet, le rapport fait une mention spéciale pour la Stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050, « Eau 2050 ». Avec cette stratégie, la Tunisie se dote d’un plan stratégique de grande ampleur pour repenser sa gestion de l’eau et pour faire face aux défis grandissants liés à la raréfaction des ressources et aux aléas climatiques.
Le document dont une synthèse est publiée sur le site ONAGRI, a justifié son argumentaire par une projection scientifique appuyée par des faits climatiques négatifs. Les projections climatiques évoquées ne laissent guère de place à l’optimisme. Il en rappelle quelques unes et en tire plusieurs constats :
Eléments d’information historiques sur les pressions climatiques et humaines :
- Entre 1950 et 2018, près de six années sur dix ont été classées comme sèches.
- Entre 1950 et 2018, environ 59 % des années en Tunisie ont été classées comme sèches. Ce chiffre seul suffit à mesurer l’ampleur du défi.
- L’agriculture, qui absorbe 80 % de la consommation nationale en eau, et une demande domestique en forte hausse aggravent une situation déjà critique.
À ces pressions climatiques s’ajoutent des tensions croissantes liées à la demande humaine. Le volume d’eau prélevé pour l’alimentation en eau potable est passé de 296,2 millions de mètres cubes en 2002 à 447,2 millions en 2018. L’urbanisation accélérée, la croissance démographique et l’évolution des modes de consommation amplifient encore cette pression sur des ressources déjà sous tension.
Quant aux projections, le rapport relève que d’ici 2100, les précipitations pourraient reculer de 25 % dans le centre et le sud du pays, tandis que les températures grimperaient de 2,5 à 5 degrés selon les scénarios d’émissions mondiales.
La recette pour prévenir ces probables contraintes
Pour prévenir ces futures évolutions, les auteurs du rapport ont mis au point une stratégie en plusieurs points. Globalement, il s’agit d’optimiser le potentiel humain existant et l’expertise technique disponible.
Dans le détail, la démarche à suivre serait de renforcer la coordination institutionnelle, de créer un système d’alerte précoce, de moderniser le cadre juridique de l’eau, de mobiliser des financements innovants, de renforcer les capacités techniques locales, de promouvoir une culture de consommation responsable…
Six recettes pour s’en sortir
Au rayon des solutions, le rapport structure sa réponse autour de six priorités complémentaires. Il s’agit de :
-la coordination institutionnelle. La fragmentation des structures de gouvernance affaiblit actuellement la gestion de l’eau et les systèmes de réponse à la sécheresse. D’où l’enjeu d’une meilleure articulation entre ministères, autorités régionales et agences de l’eau est recommandée.
-Le deuxième levier porte sur la création d’un système national d’alerte précoce, capable de surveiller les risques climatiques, d’anticiper les pénuries et d’accélérer les décisions politiques au bon moment.
-Le 3ème levier appelle à une réforme du cadre juridique et réglementaire régissant l’usage de l’eau, jugé insuffisamment adapté à la raréfaction croissante de la ressource et aux enjeux d’une allocation durable.
Le 4ème levier vise à mobiliser des financements innovants pour soutenir les investissements dans les infrastructures hydrauliques et l’adaptation climatique. Sont notamment envisagés les partenariats public-privé, la finance climatique, les financements multilatéraux et les mécanismes de financement mixte.
Le 5ème axe porte sur le renforcement des capacités techniques aux niveaux national, régional et local, condition sine qua non d’une mise en œuvre efficace des stratégies de gestion de la sécheresse.
Enfin, le 6ème levier insiste sur la nécessité de promouvoir une culture de l’eau responsable à travers des campagnes de sensibilisation et des initiatives de changement de comportement, ciblant aussi bien les citoyens que les entreprises et les institutions.
Au final, nous pouvons dire que ce rapport est fort utile et intéressant. Et pour cause. Il présente l’avantage de propose un cadre intégré pour anticiper, prévenir et gérer des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents et sévères.
De notre point de vue, le défi majeur à relever réside dans la bonne gouvernance et la coordination entre les parties intervenantes.
EN BREF
- Changement de paradigme : La Tunisie bascule d’une gestion de crise réactive à une stratégie de planification structurelle.
- Réalité historique : Sur la période 1950-2018, 59 % des années ont été enregistrées comme sèches.
- Pression accrue : La consommation domestique d’eau a bondi de 50 % entre 2002 et 2018.
- Projections climatiques : Une baisse de 25 % des précipitations est anticipée d’ici 2100 dans les zones sud et centre.
- Leviers d’action : Six priorités, incluant la réforme juridique et la finance innovante, sont indispensables pour la survie du modèle agricole et urbain.


