Santé Hypertension
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En Tunisie, l’hypertension artérielle progresse en silence, touchant 2,4 millions de citoyens. Alors que moins de la moitié des malades sont diagnostiqués et qu’une infime minorité est correctement prise en charge, la Société tunisienne de Néphrologie, Dialyse et Transplantation (STNDT) tire la sonnette d’alarme : sans stratégie massive de dépistage précoce, l’explosion des maladies rénales et cardiovasculaires associées menace de saturer durablement le système de soins national.

Une épidémie silencieuse aux chiffres alarmants

À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre l’hypertension artérielle, ce 17 mai 2026, les indicateurs partagés par le professeur Habib Skhiri, président de la STNDT, révèlent une crise de santé publique majeure. En Tunisie, la prévalence de la maladie chez les 30-79 ans s’établit désormais à 36 %, un chiffre qui dépasse la moyenne mondiale fixée à 34 % selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Derrière ce pourcentage global se cache une réalité clinique préoccupante : environ 2,4 millions de Tunisiens vivent avec cette affection. Le véritable point de rupture réside toutefois dans la chaîne de détection. À ce jour, à peine 49 % des personnes concernées ont fait l’objet d’un diagnostic formel.

Le triple fossé du parcours de soins tunisien

Le diagnostic n’est que la première faille d’un système sous tension. Le relai thérapeutique s’avère particulièrement défaillant puisque seulement 40 % des patients identifiés reçoivent effectivement un traitement médical. Plus alarmant encore, l’efficacité de ces prises en charge reste marginale : à peine 16 % des patients diagnostiqués parviennent à atteindre l’objectif thérapeutique indispensable pour stopper l’évolution de la pathologie.

Cette double carence – sous-diagnostic et sous-traitement – transforme une maladie pourtant simple à identifier en une cause majeure de mortalité précoce sur le territoire national.

Du risque vasculaire à l’insuffisance rénale : les facteurs aggravants

L’enjeu dépasse le cadre strictement cardiaque. Le professeur Skhiri insiste sur le lien direct et destructeur entre l’hypertension non contrôlée et l’apparition de pathologies rénales lourdes, nécessitant des traitements de dialyse ou de transplantation au coût économique et humain exorbitant.

Certains profils se situent en première ligne de cette vulnérabilité. Les personnes diabétiques, obèses ou soumises à un stress chronique doivent impérativement faire l’objet d’un suivi régulier. Ce constat s’applique également aux seniors de plus de 65 ans, aux femmes enceintes, aux fumeurs ainsi qu’aux individus présentant des antécédents familiaux de troubles rénaux.

Prévention et dépistage : le levier de la responsabilité collective

Face à ce péril sanitaire, la réponse ne peut être uniquement médicamenteuse. La STNDT prône une réorientation des comportements individuels vers un mode de vie sain : adoption d’un régime alimentaire équilibré, hausse de la consommation de potassium via les fruits et légumes, arrêt strict du tabac et de l’alcool, et intégration d’une activité physique régulière.

Pour amorcer ce changement, la société savante déploie ce dimanche une campagne nationale de sensibilisation et de consultations gratuites à travers le pays. L’objectif est clair : substituer une médecine de traitement subie par une culture du dépistage précoce agile et préventive.

EN BREF

  • 2,4 millions de Tunisiens souffrent actuellement d’hypertension artérielle.
  • Seulement 49 % des personnes touchées bénéficient d’un diagnostic médical formel.
  • À peine 16 % des patients diagnostiqués atteignent leurs objectifs thérapeutiques.
  • Une prévalence de 36 % chez les 30-79 ans, un taux supérieur à la moyenne mondiale (34 %).
  • La STNDT alerte sur le lien direct entre hypertension non traitée et insuffisance rénale.