
Le Maroc s’est réveillé ce samedi avec le cœur lourd. Abdelwahab Doukkali, architecte infatigable de la chanson marocaine moderne et figure de proue du patrimoine musical arabe, s’est éteint le vendredi 8 mai 2026 à Casablanca. À 85 ans, celui qui fut à la fois compositeur, luthiste de génie et peintre de l’émotion, laisse derrière lui un vide immense, mais une œuvre qui continuera de résonner comme l’hymne d’une nation en pleine mutation culturelle.
La fin d’une ère à Casablanca
L’annonce, confirmée par l’agence MAP et les proches de l’artiste, a plongé le pays dans le recueillement. Décédé dans une clinique privée de la métropole économique, Abdelwahab Doukkali luttait depuis plusieurs mois contre la maladie. Sa disparition n’est pas seulement la perte d’un chanteur ; c’est la fermeture d’un chapitre majeur de l’histoire artistique du Royaume, commencé à la fin des années 1950, au moment où le Maroc cherchait sa propre voix post-indépendance.
Une discographie gravée dans la mémoire collective
Depuis son premier enregistrement en 1959, Doukkali a su opérer une synthèse parfaite entre la rigueur de la musique classique arabe et l’audace des sonorités modernes. Des chefs-d’œuvre comme « Mersoul Al Hob » — véritable passerelle culturelle entre le Maghreb et le Machrek — ou l’existentiel « Ma Ana Ila Bachar » ont transcendé les frontières. Son génie résidait dans sa capacité à raconter le Maroc profond tout en s’ouvrant à l’universalité des sentiments.
L’hommage de la Nation et du Palais
La portée de sa disparition se mesure à l’ampleur des hommages. Le Roi Mohammed VI a adressé ce samedi un message de condoléances poignant à sa famille, saluant une carrière de plus de six décennies dédiée à l’excellence. Lors de ses obsèques à Casablanca, une foule composée de dignitaires, d’artistes de toutes générations et de simples citoyens est venue saluer une dernière fois celui qui, par sa sensibilité, a su anoblir la chanson marocaine sur la scène internationale.


