Le 15e Plan quinquennal (2026–2030) de la Chine constitue un tournant stratégique dans l’histoire économique du pays. Après des décennies durant lesquelles la croissance du PIB était l’indicateur central du progrès national, Pékin a réorienté son cadre de développement autour de priorités clés : autonomie technologique, sécurité nationale et montée en gamme industrielle au sein des chaînes de valeur mondiales.
Ce plan s’inscrit dans l’ambition de long terme de la Chine de doubler le PIB par habitant par rapport à son niveau de 2020 d’ici 2035. Cet objectif implique un taux de croissance annuel moyen d’environ 4 %, traduisant un ralentissement naturel lié à la transition vers une économie plus mature.

- Construire un système industriel moderne fondé sur la montée en gamme manufacturière et le développement technologique avancé.
- Stimuler la consommation intérieure comme principal moteur de la demande, en remplacement du modèle fondé sur l’investissement et les exportations.
- Accélérer la transition écologique via des objectifs d’intensité carbone et la création d’un Fonds national de transition bas carbone.
- Renforcer les politiques sociales — emploi, garde d’enfants, éducation et retraites — comme levier de productivité.
- Approfondir l’ouverture aux investissements étrangers dans des secteurs stratégiques, tout en réduisant la dépendance aux systèmes financiers dominés par le dollar grâce à l’internationalisation du renminbi et au développement d’un système de paiement transfrontalier autonome.
Dans leur ensemble, ces priorités traduisent un modèle de développement à la fois plus équilibré et plus autonome que les précédents plans quinquennaux.
Au cœur de la stratégie industrielle figure la montée en puissance de l’économie numérique, dont la valeur ajoutée pourrait atteindre 12,5 % du PIB d’ici 2030. L’objectif n’est plus seulement de produire davantage de semi-conducteurs, mais d’intégrer en profondeur les infrastructures numériques, l’intelligence artificielle et les plateformes digitales dans l’ensemble de l’économie. Le programme « AI Plus » vise ainsi à diffuser l’intelligence artificielle dans tous les secteurs afin d’améliorer la productivité.
Au-delà des semi-conducteurs, le plan cible des avancées majeures dans les biotechnologies, l’informatique quantique, les matériaux avancés, l’aéronautique et les communications 6G. Les industries traditionnelles — métallurgie, machines, textile — seront modernisées par l’automatisation et la digitalisation plutôt que remplacées.
Un autre axe majeur est le rôle accru de la consommation des ménages dans la demande intérieure. Le plan prévoit notamment l’extension des dispositifs de garde d’enfants, l’élargissement de la couverture des retraites et l’amélioration des conditions d’emploi afin de soutenir les revenus. L’objectif est de réduire le taux d’épargne et de réorienter les ressources vers les secteurs stimulant la demande domestique.

Pour financer cette transition, Pékin a créé un Fonds national de transition bas carbone, structuré selon un modèle piloté par l’État mais opéré par le marché, afin de mobiliser des capitaux publics et privés. La domination de la Chine dans les technologies vertes — panneaux solaires, éoliennes, véhicules électriques et batteries — est considérée comme un atout industriel stratégique.
En résumé, le 15e Plan quinquennal vise à doubler le PIB par habitant d’ici 2035. Cet objectif suppose des gains de productivité soutenus, reposant sur l’innovation technologique, la digitalisation et une économie davantage orientée vers la consommation.


