L’édition 2026 du Global Money Week, initiative qui mobilise chaque année plus de 170 pays pour préparer les jeunes à mieux comprendre les enjeux financiers et à faire des choix éclairés, s’est tenue, le 6 avril 2026, à Tunis, sur le thème : « « Smart Money Talks – L’argent, osons en parler ».

Dans un contexte marqué par la digitalisation des usages financiers et la multiplication des risques (arnaques en ligne, désinformation…), l’édition 2026 met l’accent sur un enjeu clé: libérer la parole autour de l’argent.

Parler d’argent, comprendre ses mécanismes, poser des questions sans tabou : autant de leviers essentiels pour renforcer l’autonomie financière des jeunes et les aider à éviter les pièges les plus fréquents.

Global Money Week, c’est quoi ?

Portée à l’échelle internationale par le réseau d’éducation financière de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en Tunisie, l’initiative est coordonnée par l’Observatoire de l’Inclusion Financière, en tant que membre du réseau international d’éducation financière de l’OCDE,  en partenariat avec un large écosystème d’acteurs publics et privés.

C’est le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) Fethi Zouhaier Nouri, qui est en même temps Président du conseil de l’Observatoire de l’Inclusion Financière qui a présidé le lancement de la nouvelle édition Global Money Week, en présence de représentants de l’ensemble des acteurs de l’écosystème financier tunisien :  banques, assurances, marché financier, poste et partenaires internationaux…

Dans une allocution prononcée à cette occasion, le gouverneur de la BCT a placé l’éducation financière au rang de priorité nationale : « En investissant dans l’éducation financière, nous investissons dans l’autonomie économique des citoyens, l’inclusion durable et la stabilité du système financier », a-t-il dit.

Le président de l’Institut d’émission a ajouté que « l’éducation financière constitue un levier essentiel pour renforcer l’inclusion et favoriser l’autonomie économique des citoyens ».

La culture financière inexistante en Tunisie

Le lancement de la nouvelle édition a été une opportunité pour dresser un bilan des actions  accomplies  en matière d’éducation financière et pour évoquer les projets futurs.

Au rayon du bilan, les résultats d’une enquête menée en 2018 sur l’éducation financière ont été évoqués.

Cette enquête, qui a touché un large échantillon comprenant environ 1 500 petites entreprises et près de 6 250 ménages,

a mis en évidence une faiblesse notable de la culture financière au sein de la population tunisienne.

Selon Fethi Zouheir Nouri l’enquête a révélé un score moyen de 3,1 sur 7 en matière de culture financière, avec des disparités entre hommes et femmes.

Les résultats de cette enquête ont servi, toutefois,  de point de départ à la mise au point d’une Stratégie nationale d’inclusion financière. Dans ce cadre, l’Observatoire a été chargé de mettre en place un programme national d’éducation financière.

Ce programme vise à sensibiliser les citoyens tunisiens afin qu’ils soient en mesure de prendre des décisions financières éclairées dans leur vie quotidienne, développent une culture économique de base, et deviennent ainsi acteurs économiques à part entière, capables de lancer des projets générateurs de développement.

A noter que la mise en œuvre de ce programme n’a pas été aisée, semble –t-il. En dépit des sessions de formation organisées par l’observatoire, des difficultés de parcours ont été rencontrées. Parmi les principales difficultés relevées figure l’incapacité de nombreux citoyens à comprendre certains termes financiers, ainsi que la peur de se rendre à la banque pour épargner.

En perspective, d’ambitieux programmes pour y remédier

Dans l’avenir, le programme s’élargira pour cibler les jeunes, les petites et moyennes entreprises, les fonctionnaires des secteurs public et privé ainsi que les personnes en situation de handicap, dans le but de diffuser plus largement la culture et la conscience financières en Tunisie.

Dans la perspective d’enrichir ce programme par de nouvelles propositions et idées, le gouverneur de la Banque centrale a annoncé qu’ »une nouvelle enquête, sera prochainement lancée pour mesurer les progrès accomplis.

Il a également mis en exergue le Programme National d’Éducation Financière 2023-2027, véritable cadre stratégique fédérateur. « Ce programme est le socle sur lequel nous construisons une culture financière durable », a-t-il relevé.

L’éducation financière, une priorité nationale, en principe !!!

Concrètement, il a indiqué que « face à l’augmentation significative de la circulation fiduciaire, il importe de renforcer la stratégie nationale de decashing et d’encourager l’adoption des paiements électroniques et digitaux ». «

Il faut reconnaître, ici,  que l’innovation financière sans cesse croissante et son corollaire l’émergence, au quotidien, de nouveaux produits, services et technologies financiers impliquent de nos jours un minimum de culture financière.

Des terminologies rébarbatives comme PayPal, Crypto, Blockchain, fonds négociés en bourse, plateformes de prêts de pair à pair… sont difficiles à comprendre pour le commun des gens. Même les terminolgies classiques comme budget, loi de finances complémentaire, clôture de budget… sont aussi difficiles à assimiler par le commun des gens, y compris les hauts cadres du pays. Que dire alors des millions de tunisiens analphabètes ou illettrés.

L’enjeu de l’éducation financière est éminemment politique

C’est pour dire que l’enjeu de l’éducation financière n’est pas seulement économique mais aussi politique. Elle est même quelque part révolutionnaire dans la mesure où un citoyen cultivé financièrement, voire averti et responsabilisé, peut agir sur les réglementations du pays et les inflencer dans le sens de son intérêt et de celui du pays.

Est -il besoin de rappeler que les régimes autoritaires de Bourguiba, de Ben Ali et de la soi-disant révolution de 2011,  ont abusivement exploité cette sous-culture financière du peuple pour faire passer des lois abusives et impopulaires servant plus  la corruption et la cause de lobbys mafieux que l’intérêt supérieur du pays.

La démarche suivie par ces régimes autoritaires était claire. Ils s’ingéniaient à complexifier les réglementations pour qu’elles ne soient pas compréhensibles pour les citoyens.

Morale de l’histoire : nous pensons que l’éducation financière qui doit, en théorie, accompagner les citoyens dans la compréhension et l’usage des nouveaux services financiers, ne doit pas relever du seul souci de conscientiser les citoyens,  mais surtout de  développer leur capacité à contrôler leurs gouvernants et à créer, avec eux,  un climat de confiance.

A cette fin, la Tunisie a besoin de meneurs politiques et économiques visionnaires de très grande qualité. Malheureusement, au regard du paysage politique et économique qui prévaut actuellement dans le pays, nous remarquons qu’ils n’existent pas. C’est dommage !!!

Abou SARRA