Le secteur tunisien des assurances est entré en 2026 avec des fondamentaux stables mais un potentiel sous-exploité. Après une décennie consacrée à la consolidation prudentielle, l’enjeu n’est plus la survie ni la stabilité : il est désormais stratégique.

Cependant, la stabilité ne constitue pas une finalité en soi. Elle doit désormais servir de socle à une transformation plus ambitieuse. Le secteur dispose des fondamentaux nécessaires ; il lui faut aujourd’hui une impulsion stratégique claire.
Au cours de la dernière décennie, le secteur tunisien des assurances a connu une évolution progressive mais contrastée.
Nous avons observé :
- une croissance régulière des primes ;
- un renforcement du cadre prudentiel et de supervision ;
- une amélioration de la structuration financière des compagnies.
Cependant, cette évolution reste en deçà du potentiel réel du marché, notamment en matière de taux de pénétration et de diversification des produits. La croissance est encore largement portée par l’assurance automobile, tandis que l’assurance vie et les assurances de personnes demeurent relativement sous exploitées.
Le secteur des assurances a certes beaucoup progressé, mais il n’a pas encore pleinement joué son rôle de levier de développement économique. La croissance est restée essentiellement quantitative. Or, le véritable enjeu est qualitatif : diversification des produits, inclusion financière et mobilisation de l’épargne nationale.
Nous devons passer d’un marché dominé par l’assurance automobile à un secteur structurant pour l’investissement et la protection sociale.
Sur dix ans, le taux de pénétration des assurances en Tunisie demeure modeste (2 à 2,5 %) comparativement aux standards régionaux (4,5% pour le Maroc). La concentration des primes sur la branche automobile limite la diversification du risque et expose le secteur à une sinistralité structurelle élevée. Le développement de l’assurance vie reste inférieur à son potentiel effectif.
Durant la période (de 2012 à 2023) où j’ai eu l’honneur de présider le Comité Général des Assurances (CGA), l’action du régulateur s’est articulée autour de trois axes majeurs:
- L’assainissement financier et le renforcement de la solvabilité de certaines sociétés d’assurances :
Les exigences en matière de marge de solvabilité ont été consolidées, les règles de provisionnement technique clarifiées et les placements des actifs encadrés avec davantage de rigueur. - Modernisation de la supervision
Le reporting prudentiel a été approfondi, les outils d’analyse renforcés et la supervision progressivement orientée vers une approche plus qualitative et analytique.
- Amélioration de la gouvernance
Les obligations relatives au contrôle interne, aux comités spécialisés et à la transparence financière ont été renforcées.
Ces actions ont permis au secteur d’absorber des chocs successifs, d’éviter les dérives et de maintenir la confiance. Elles constituent aujourd’hui un acquis précieux. Mais toute réforme prudentielle est par nature évolutive. Les standards internationaux progressent, les risques émergents se multiplient. Le cadre doit continuer à s’adapter.
Par Hafedh Gharbi
EN BREF
- Une décennie de consolidation : Le secteur des assurances en Tunisie a consolidé sa solvabilité et sa gouvernance entre 2012 et 2023.
- Stabilité acquise, mais pas finale : La résilience actuelle est un socle pour une transformation stratégique, non une finalité en soi.
- Taux de pénétration modeste : L’assurance ne contribue qu’à hauteur de 2% à 2,5% du PIB, contre 4,5% au Maroc, signe d’un marché sous-exploité.
- Domination de l’assurance automobile : La concentration sur cette branche limite la diversification du risque et expose le secteur à une sinistralité élevée.
- Nouveau levier économique : L’enjeu est de transformer le secteur en un véritable outil de protection sociale et d’investissement, via l’assurance vie et l’épargne.


