AssurancesLe secteur tunisien des assurances engage une mutation stratégique d’ici 2028 pour passer de la stabilité à la croissance. Pilotée par des experts comme Hafedh Gharbi (ex-CGA), cette réforme vise à instaurer un cadre prudentiel basé sur les risques, aligné sur les standards internationaux, et à booster l’assurance vie via une fiscalité incitative dès 2027 pour mobiliser l’épargne longue.

Après une décennie de réformes ayant renforcé la gouvernance, la supervision et la qualité prudentielle, le secteur tunisien des assurances se trouve à l’orée d’une nouvelle phase. L’enjeu n’est plus seulement la stabilité, mais la capacité à intégrer les standards internationaux, à mobiliser l’épargne longue et à consolider son rôle d’investisseur institutionnel. La modernisation du cadre prudentiel, l’essor de l’assurance vie et l’équilibre entre solvabilité et rentabilité constituent désormais les axes structurants de son évolution.

Les réformes engagées entre 2012 et 2023 ont permis le renforcement des exigences de gouvernance, une meilleure qualité des provisions techniques, ainsi qu’une supervision plus rigoureuse.

La prochaine étape, estime Hafedh Gharbi, ancien président du CGA et expert dans le secteur des assurances, doit être l’introduction progressive d’une approche davantage fondée sur les risques, inspirée des standards internationaux, sans transposition mécanique. L’enjeu pour la Tunisie est d’articuler une discipline prudentielle, une rentabilité minimale soutenable, une capacité d’innovation.

La “Vision” : « L’enjeu n’est plus seulement la stabilité, mais la capacité à intégrer les standards internationaux, à mobiliser l’épargne longue et à consolider son rôle d’investisseur institutionnel. »

 

La protection des assurés demeure centrale. La régulation tunisienne a progressé, mais elle doit désormais franchir une nouvelle étape. Les standards internationaux évoluent rapidement. Les risques climatiques, cybernétiques et technologiques exigent une supervision plus sophistiquée. « La modernisation prudentielle ne doit pas être perçue comme une contrainte supplémentaire, mais comme une garantie de résilience. Un secteur faiblement régulé attire le risque. Un secteur sur-régulé étouffe l’innovation. La voie à suivre est celle d’une régulation exigeante, proportionnée et tournée vers l’avenir ».

Vers un cadre prudentiel fondé sur les risques d’ici 2028

La réforme la plus déterminante consisterait à mettre en place, d’ici 2028, un cadre prudentiel davantage fondé sur les risques, en cohérence avec les meilleures pratiques internationales, tout en l’adaptant aux spécificités nationales.

En parallèle, lancer dès la loi de finances 2027 une réforme ambitieuse de l’assurance vie avec un dispositif fiscal stable et incitatif, afin d’augmenter le taux de pénétration et la stabilité financière du secteur et faire de l’assurance vie un moteur d’épargne nationale. Le développement de l’épargne longue via l’assurance est un levier stratégique pour l’économie nationale.

La “Preuve” : « La réforme la plus déterminante consisterait à mettre en place, d’ici 2028, un cadre prudentiel davantage fondé sur les risques, […] tout en l’adaptant aux spécificités nationales. »

Un potentiel encore sous‑exploité malgré une résilience avérée

Le secteur tunisien des assurances est résilient et dynamique mais sous‑exploité. Les acquis prudentiels de la dernière décennie constituent une base solide. L’enjeu des prochaines années sera de franchir une nouvelle étape, où l’assurance devient pleinement un levier de stabilité financière, de mobilisation de l’épargne nationale et de protection sociale. « Le secteur des assurances tunisien dispose des compétences, des institutions et du potentiel nécessaires pour devenir un moteur de stabilité et de croissance. Mais cela suppose une volonté claire, des décisions structurantes et une vision de long terme ».

La “Punchline” : « Un secteur faiblement régulé attire le risque. Un secteur sur-régulé étouffe l’innovation. »

Optimiser le couple solvabilité–rentabilité dans un environnement plus exigeant

Le secteur tunisien des assurances a démontré sa capacité de résilience au cours de la dernière décennie. La prochaine phase doit viser non seulement la stabilité, mais l’optimisation du couple solvabilité–rentabilité dans un environnement fiscal plus exigeant.

« C’est à cette condition que le secteur pourra continuer à jouer pleinement son rôle d’investisseur institutionnel et de stabilisateur financier, et s’imposer comme un pilier durable de l’économie nationale » assure Hafedh Gharbi.

A.B.A

EN BREF

  • Bilan décennal positif : Les réformes 2012-2023 ont renforcé la gouvernance, la supervision et la résilience du secteur.
  • Objectif 2028 : Mise en place progressive d’un cadre prudentiel fondé sur les risques, adapté aux spécificités tunisiennes.
  • Levier Assurance Vie : Nécessité d’une réforme fiscale incitative dès 2027 pour doper l’épargne longue et le taux de pénétration.
  • Nouveaux Risques : La supervision doit se moderniser pour intégrer les risques climatiques, cyber et technologiques.
  • Rôle Économique : L’enjeu est de transformer le secteur en un investisseur institutionnel majeur et un stabilisateur financier durable.