Des experts et des universitaires ont souligné ce mercredi que les métiers de la communication se trouvent aujourd’hui à un tournant décisif face à l’accélération de la transformation numérique, ce qui les confronte à de nombreux défis et enjeux.
C’est ce qui ressort de la séance d’ouverture du Colloque international sur les sciences de l’information et de la communication, qui se tient les 22, 23 et 24 avril prochains sous le thème « Les métiers de la communication : défis et enjeux à l’ère numérique », à l’initiative de l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI).
Au cours de cette séance tenue à l’université de Manouba, les experts ont insisté sur la nécessité de trouver des mécanismes permettant de mieux valoriser les métiers de la communication et de les protéger contre toutes les « menaces ».
Dans ce contexte, le directeur de l’Institut de presse et des sciences de l’information, Sadok Hammami, a souligné que les métiers de la communication en Tunisie sont confrontés à de multiples défis, notamment dans les domaines de la communication publique et gouvernementale, et que l’absence de politiques publiques claires dans ces domaines, tant en matière de transparence que de réglementation ou de reconnaissance des métiers de la communication au sein de l’administration, pose de réels problèmes.
Il a souligné que l’expansion de l’utilisation des réseaux sociaux et la capacité des individus à produire et diffuser du contenu numérique, parallèlement à la propagation du phénomène de la désinformation, créent une crise de confiance croissante, ce qui impose la nécessité de revoir les modèles traditionnels de communication, y compris la communication gouvernementale et publique, afin d’interagir avec cette nouvelle réalité.
Hamami a souligné que la communication n’est pas un élément accessoire, mais un pilier fondamental du fonctionnement des institutions, lié à leur capacité à acquérir une légitimité grâce à une communication efficace avec les citoyens et à les convaincre qu’elles sont à leur service.
Dans ce contexte, il a évoqué le développement des programmes de formation à l’Ipsi, à travers la révision de la licence en communication et la création d’un master en métiers de la communication institutionnelle et politique, dans le but de s’adapter aux mutations numériques.
Pour sa part, Maher Kassab, professeur d’économie à l’université, a souligné que la communication reste la véritable source de valeur, tandis que la technologie, en particulier les grandes plateformes numériques, se contente d’extraire cette valeur et d’en tirer profit économiquement.
Il a précisé que la préservation des métiers de la communication revient à protéger la capacité de tout pays à produire sa propre réalité et sa propre image.
Il a précisé que les agences de communication et les médias investissent dans les ressources humaines, la production intellectuelle et les contenus locaux, ce qui représente un coût réel, contrairement au modèle économique des plateformes qui repose sur une distribution quasi gratuite des contenus, ce qui leur confère un avantage concurrentiel évident sur le marché, soulignant que ce déséquilibre pourrait, s’il perdure, transformer le secteur de la communication en Tunisie en un simple prestataire de services subordonné aux plateformes, au lieu d’être un acteur indépendant et influent, et que le contenu local constitue le « carburant gratuit » qui alimente ces plateformes.
De son côté, l’expert en technologie Nizar Balnaji a souligné que le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle posent une série de défis qui exigent de la prudence et la mise en place de cadres réglementaires clairs, notamment en ce qui concerne les questions juridiques liées au partage des données, aux droits d’auteur et à la propriété du contenu.


