« Le citoyen tunisien est aujourd’hui, le plus grand producteur d’électricité à partir de l’énergie solaire dans le pays », a affirmé mercredi, le secrétaire d’État chargé de la transition énergétique, Wael Chouchane, lors d’une journée d’étude sur les projets de loi relatifs aux concessions de production d’électricité et de leurs annexes pour les stations photovoltaïques, tenue à l’Académie parlementaire.

Avec près de 450 mégawatts installés sur les toits des habitations, la capacité cumulée du programme « PROSOL Élec » équivaut à celle de la plus grande centrale électrique en Tunisie, a-t-il ajouté, soulignant que cette performance illustre le rôle croissant des ménages dans la production d’énergie propre.

Lancé en 2010, le programme PROSOL Élec s’inscrit dans le cadre du système d’autoproduction en basse tension et vise à encourager les clients résidentiels raccordés au réseau de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) à produire leur propre électricité à partir du photovoltaïque.

Destiné aux ménages, dont la consommation annuelle dépasse 1800 kWh, le dispositif repose sur un mécanisme de financement innovant, dans la mesure où la STEG accorde des crédits aux citoyens, tout en jouant le rôle de garant.

Selon le secrétaire d’État, ce programme a rencontré un grand succès, raison pour laquelle la STEG a renouvelé ses partenariats avec les bailleurs de fonds et lancé récemment une consultation pour mobiliser près d’un milliard de dinars sur la période 2026-2028. Ces ressources seront consacrées à l’octroi de nouveaux crédits afin de soutenir l’expansion continue du programme.

Par ailleurs, il a évoqué le lancement d’autres programmes similaires, dont un programme destiné aux ménages à revenu moyen, dont la consommation annuelle se situe entre 1200 et 1800 kWh. Lancé en 2025, il prévoit des conditions de financement plus avantageuses, notamment via le Fonds de transition énergétique.

Il a également, cité le programme « Prosol Élec Social », qui cible les ménages à faible revenu, consommant moins de 1200 kWh par an. Ce programme prévoit l’installation gratuite de systèmes solaires, avec une phase pilote déjà lancée dans le gouvernorat de Tozeur.

Concernant l’autoproduction en haute et moyenne tension, Wael Chouchane a indiqué qu’environ 1 500 projets ont été réalisés, représentant une capacité totale d’environ 1 500 mégawatts raccordée au réseau national.

Dans ce cadre, des efforts sont déployés pour offrir davantage de facilités afin de poursuivre ce programme et encourager les entreprises économiques et industrielles à y participer.

De nouveaux projets pour 2026/2027

Évoquant les projets programmés au titre de 2026-2027, le responsable a déclaré que la commission supérieure de production privée d’électricité a décidé, lors de sa réunion tenue en décembre 2025, d’attribuer plusieurs projets, dont les accords sont en cours de préparation pour signature et adoption.

Il s’agit notamment, de l’appel d’offres (2e tour) relatif à l’énergie solaire, comprenant un projet de 100 MW à Remada (gouvernorat de Tataouine) et un autre de 100 MW à Menzel Habib (gouvernorat de Gabès), ainsi que de l’appel d’offres relatif à l’énergie éolienne, avec un projet de 77,25 MW à Feriana (gouvernorat de Kasserine).

S’y ajoutent plusieurs projets structurants dans l’éolien, dont Jebel Abderrahmane (gouvernorat de Nabeul) d’environ 250 MW, El Ksar (gouvernorat de Gafsa) d’environ 200 MW et Tabaga (gouvernorat de Kébili) d’environ 500 MW.

Dans le solaire photovoltaïque, le projet de Borma (gouvernorat de Tataouine) prévoit une capacité d’environ 300 MW avec un système de stockage d’énergie d’environ 540 MWh. Par ailleurs, les 3e et 4e tours portent sur des projets de 100 MW chacun, sur des sites proposés par les investisseurs, avec une capacité de stockage d’environ 160 MWh.

Diversifier les sources d’énergie pour faire face au déficit

Pour le secrétaire d’État, il est aujourd’hui impératif de diversifier les sources d’énergie afin de faire face au déficit énergétique structurel que connaît la Tunisie.

« Nous vivons aujourd’hui une période historique de transformation du paysage énergétique. Il n’est plus possible pour un pays de continuer avec un déficit énergétique atteignant 65% », a-t-il insisté, ajoutant que la Tunisie dispose de capacités lui permettant de devenir exportatrice d’énergie, et non pas simplement importatrice.

« En 2025, le déficit énergétique a atteint 6,3 millions de tonnes équivalent pétrole (mtep), ce qui correspond à une consommation d’environ 10 mtep par an, pour une production locale d’environ 3,4 millions de mtep », a-t-il rappelé.

Selon lui, les causes de ce déséquilibre sont multiples : d’une part, la consommation continue de produits énergétiques importés, et d’autre part, le recul de l’investissement et de la production nationale en hydrocarbures.

« Nous traversons une période de déficit structurel, et il est de notre responsabilité collective, en tant qu’acteurs de l’État, des secteur public et privé ainsi que des experts, de travailler ensemble pour dépasser ces difficultés. Nous devons évoluer vers une transition progressive du gaz naturel vers une production énergétique plus diversifiée », a-t-il conclu.