FemmesEn Tunisie, l’égalité femmes-hommes s’est muée en une stratégie de croissance économique impérative. Face au paradoxe d’un vivier de diplômées hautement qualifiées mais largement exclues du marché du travail, ONU Femmes et le secteur privé tunisien scellent une alliance stratégique. Entre diagnostics sans appel à Beit al-Hikma et engagements concrets à la Bourse de Tunis, une nouvelle dynamique s’enclenche pour briser le plafond de verre et transformer le paysage entrepreneurial du pays.

Le Paradoxe Tunisien : Diplômées mais Inactives

Sous les plafonds sculptés de l’Académie Beit al-Hikma, le rapport « Profil Genre de la Tunisie 2025 » présenté par ONU Femmes a dressé un constat sans équivoque : la Tunisie est une pépinière de talents féminins dont l’économie se prive. Le diagnostic révèle un fossé structurel majeur. Si les femmes affichent des taux d’achèvement scolaire bien supérieurs à ceux des hommes (83,8 % au collège contre 46,8 % au secondaire), le mécanisme s’enraye dès l’accès à l’emploi.

Seules 26,7 % des femmes intègrent le marché du travail, contre 64,9 % des hommes. Pour le secteur privé, ce différentiel représente une perte sèche de compétitivité et d’innovation. L’accès aux postes de responsabilité reste également verrouillé : les femmes ne représentent que 9 % des top managers et 18,6 % des propriétaires d’entreprises.

La Bourse de Tunis Sonne le Glas de l’Inégalité

Face à cette urgence, la réponse s’organise autour de la performance économique. L’initiative « Ring the Bell for Gender Equality » à la Bourse de Tunis a marqué un tournant, alignant l’égalité sur les intérêts des investisseurs. Les chiffres prouvent la pertinence de cette démarche : l’indice Russell 3000 de représentation féminine dans les conseils d’administration est passé de 22,6 % en 2020 à 30,1 % en 2025.

Pour structurer cette ambition, les Principes d’Autonomisation des Femmes (WEPs) d’ONU Femmes et du Pacte mondial des Nations Unies s’imposent comme la feuille de route stratégique. Désormais, des géants de la technologie comme Nokia et Ooredoo, des piliers de la finance tels que Wifak Bank et BH Leasing, ou des cabinets de conseil comme AMC Ernst & Young rejoignent les 27 entreprises pionnières. Adopter les WEPs permet à ces acteurs de renforcer leur crédibilité internationale, d’améliorer leur notation ESG et d’attirer les meilleurs talents.

WYSE : Connecter le Talent aux Carrières d’Avenir

Cependant, une stratégie n’est efficace que si son vivier de talents est assuré. C’est l’enjeu de l’initiative « WYSE : Women & Youth in STEM Employment », lancée à la Cité des Sciences. Sous l’égide d’ONU Femmes Tunisie et de ses partenaires (Ambassade des Pays-Bas, CFYE, Ministère de l’Enseignement Supérieur, Fondation Orange), WYSE agit comme un levier d’action réciproque, connectant directement de jeunes diplômées à plus de 30 entreprises leaders.

Le volet le plus tangible de cette stratégie est le Salon de l’Emploi pour l’Autonomisation Économique. En offrant aux candidates les outils pour naviguer dans des secteurs à forte demande comme l’IA ou l’ingénierie des données, ONU Femmes démantèle les barrières. L’impact est immédiat : dans les trois mois suivant l’événement, 41,3 % des participantes ont accédé à un emploi, le salon jouant un rôle de catalyseur déterminant grâce au réseautage et à la préparation à l’emploi.

Une Vision Déterminée pour 2026

Chaque signature, chaque conférence WYSE, chaque session de recrutement est le rouage d’une machine de progrès parfaitement huilée. Cette vision place l’égalité au cœur de la stratégie nationale, pour construire une économie tunisienne où la stabilité et l’innovation ne sont plus entravées par des barrières invisibles.

Le secteur privé a compris que l’inclusion est son meilleur levier de résilience. Dans cette course mondiale vers l’excellence, l’égalité des genres est devenue le carburant d’une nation qui décide enfin de s’appuyer sur l’intégralité de son génie.

EN BREF

  • Paradoxe de l’éducation : En Tunisie, les femmes sont plus diplômées (83,8 % d’achèvement au collège) mais seulement 26,7 % intègrent le marché du travail, contre 64,9 % des hommes.
  • Plafond de verre : L’accès aux responsabilités reste très limité, avec seulement 9 % de femmes top managers et 18,6 % de femmes propriétaires d’entreprises.
  • Engagement financier : L’initiative « Ring the Bell » à la Bourse de Tunis souligne que la représentation féminine dans les conseils d’administration (indice Russell 3000) progresse, atteignant 30,1 % en 2025.
  • Alliance stratégique : De grandes entreprises (Nokia, Ooredoo, Wifak Bank, AMC Ernst & Young) rejoignent les Principes d’Autonomisation des Femmes (WEPs) d’ONU Femmes pour booster leur notation ESG et compétitivité.
  • Impact concret : L’initiative WYSE et le Salon de l’Emploi facilitent l’accès des femmes aux secteurs STEM (IA, Data), avec 41,3 % des participantes trouvant un emploi dans les trois mois.

(Source : Investir dans le Talent Féminin : Accélérer l’Alliance entre ONU Femmes et le Secteur Privé Tunisien)