En mars 2026, le dinar tunisien (TND) confirme sa position de monnaie la plus forte d’Afrique, s’échangeant à 2,93 pour un dollar américain. Cette performance, saluée par Business Day, s’explique par la politique monétaire rigoureuse de la Banque centrale de Tunisie (BCT), des excédents à l’exportation et des restrictions strictes sur le financement des importations non essentielles pour protéger les réserves de change.
Selon un classement des monnaies africaines effectué par le média sud africain Business day, au mois de mars 2026, le dinar tunisien, fort de sa valeur nominale brute face au dollar (2,93 dinars) a occupé la première place au classement des monnaies les plus fortes d’Afrique.
Cette performance a tendance à devenir une tradition en ce sens où en 2024 et en 2025, le dinar tunisien a été classé à la tête des 10 premières monnaies africaines par le convertisseur de devises Forbes Currency Converter. D’après le classement du mois d’aout 2024, le dollar s’échangeait contre 3,05 dinars et d’après celui du mois de février 2025 le billet vert s’échangeait contre 3,14 dinars.
A l’origine, une politique rigoureuse de la BCT
Business day a expliqué cette distinction du dinar tunisien par deux facteurs :
Le premier consiste en la politique monétaire rigoureuse suivie par la Banque centrale de Tunisie (BCT). Cette dernière en soutenant la solidité du dinar par des mécanismes de contrôle strict, est parvenue à stabiliser la monnaie nationale face aux chocs extérieurs.
Le second porte sur la politique suivie en matière d’impulsion des exportations et de limitation des importations des produits non essentiels.
De récentes statistiques du commerce extérieur, font état de la réalisation d’importants excédents multisectoriels à l’export. Les recettes générées par ces excédents en faveur de la Tunisie ont contribué au maintien des réserves de change à un niveau acceptable (107 jours d’importations).
Parmi les secteurs qui ont performé figurent, le textile, les industries manufacturières (composants automobiles…), l’agroalimentaire, (exportation de produits de terroir : huile d’olive, dattes…).
Au rayon de réduction des importations, la BCT, anticipant sur l’impact attendu de la guerre irano-américano-israelienne sur l’économie tunisienne, impact estimé à plus de 10 Milliards en devises, a décide de restreindre le financement bancaire des importations des produits non prioritaires, voire non essentiels.
Dans une circulaire publiée, le 26 mars 2026, la BCT demande aux importateurs de couvrir intégralement leurs achats avec leurs propres fonds.
Entendre par là, toute possibilité de crédit ou d’avance bancaire est tout simplement supprimée et annulée. Les « concours financiers » visés sont larges : crédits, avances, crédits documentaires, garanties bancaires, quelle qu’en soit la nature.
Une liste d’une centaine de produits accompagne la circulaire. Elle comporte de biens de consommation courante : voitures de tourisme, vêtements, produits cosmétiques et de beauté, boissons alcoolisées, appareils électroménagers, téléphones, chaussures, articles de papeterie, jouets, meubles textiles, et bien d’autres.
Les banques ne peuvent plus accorder de concours financiers pour l’importation des produits figurant sur la liste annexée à la circulaire, sauf si l’importateur dépose au préalable, sur ses propres fonds, l’intégralité de la valeur de l’importation envisagée.
Au niveau continental, 29 monnaies se sont dépréciées par l’effet du conflit au moyen orient
Abstraction faite de l’ensemble de ces éclairages, il faut reconnaître que la performance du Dinar tunisien vient témoigner d’une gestion prudente des équilibres macroéconomiques du pays dans un environnement continental en pleine mutation. Et pour cause. La situation des autres monnaies africaines dont celles de puissances économiques régionales laisse à désirer.
Selon un rapport conjoint présenté en marge de la 58e session de la Commission économique pour l’Afrique à Tanger (du 28 mars au 3 avril 2026), vingt-neuf monnaies africaines se sont dépréciées dans un contexte de forte volatilité économique mondiale, entraînant une hausse du coût du service de la dette extérieure ainsi que des importations de produits essentiels.
Publié par la Banque africaine de développement (BAD), la Commission de l’Union africaine, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, le document met en garde contre les effets du conflit au Moyen-Orient sur les économies africaines.
Selon le rapport, la flambée des prix de l’énergie, des denrées alimentaires et des engrais — exacerbée par les tensions géopolitiques — accentue les pressions inflationnistes et fragilise davantage les économies du continent. Les prix mondiaux du pétrole ont ainsi progressé de plus de 50 % à fin mars.
Toujours d’après le rapport, les perturbations des chaînes d’approvisionnement énergétique dans le Golfe affectent notamment l’accès à des intrants agricoles clés comme l’ammoniac et l’urée, en pleine période de semis, faisant peser des risques accrus sur la production agricole et la sécurité alimentaire, en particulier dans les pays dépendants des importations.
C’est pour dire au final, que cette nouvelle distinction continentale du dinar pour la troisième année consécutive vient illustrer le succès de la Tunisie en matière d’anticipation des effets des crises externes.
A ce propos le rapport précité souligne que les chocs actuels se propagent plus rapidement que lors des crises précédentes, laissant aux économies africaines peu de marge d’ajustement et appelant à des réponses politiques urgentes. A bon entendeur.
Abou SARRA
EN BREF
- Suprématie confirmée : Le dinar tunisien est classé monnaie la plus forte d’Afrique en mars 2026 par Business Day (2,93 TND/V$).
- Performance historique : C’est la troisième année consécutive de domination (après 2024 et 2025 selon Forbes).
- Rigueur monétaire : La Banque centrale de Tunisie (BCT) applique une politique stricte et des contrôles pour stabiliser la monnaie.
- Défense des réserves : Excédents à l’export (textile, auto, agro) et restrictions drastiques sur les crédits à l’importation de produits non essentiels (circulaire du 26 mars 2026) maintiennent les réserves à 107 jours.
- Résilience régionale : La Tunisie résiste mieux que 29 autres pays africains dont les monnaies se déprécient face à la crise au Moyen-Orient.



