AssurancesEn Tunisie, le reste à charge des ménages pour la santé culmine à 40%, un niveau critique dû à l’explosion des maladies non transmissibles (82% des décès). Pour Mondher Khabcheche (FTUSA), la solution réside dans un partenariat public-privé (CNAM-Assureurs) plaçant la prévention, aux retours sur investissement majeurs (jusqu’à 500/1), au cœur du système pour garantir équité et viabilité économique.

Alors que les dépenses de santé explosent et que les ménages tunisiens supportent une charge financière parmi les plus élevées de la région, une question centrale s’impose : comment articuler efficacement l’assurance maladie privée et la CNAM sans creuser les inégalités ? La réponse tient en un mot — prévention. Encore faut‑il que l’État, les assureurs et les professionnels de santé s’accordent sur un modèle réellement intégré.

L’assurance maladie privée peut-elle jouer un rôle complémentaire à la CNAM sans accentuer les inégalités ? La réponse est oui — à condition de repenser sa place. « Le privé ne doit pas être un luxe, mais un régulateur, un partenaire capable de soutenir la CNAM dans une logique d’équilibre durable et de couverture sanitaire universelle » estime Mondher Khabcheche, président de la FTUSA.

La “Vision” : « Le privé ne doit pas être un luxe, mais un régulateur, un partenaire capable de soutenir la CNAM dans une logique d’équilibre durable et de couverture sanitaire universelle. » (Mondher Khabcheche, FTUSA)

 

Cet équilibre, explique-t-il, repose sur trois impératifs : un accès équitable aux soins, une qualité de service irréprochable, et une réduction du reste à charge, qui selon les normes de l’OMS devrait se situer entre 10 et 15 % des dépenses totales de santé. Or, en Tunisie, ce taux atteint aujourd’hui 40 %, contre 24,3 % en 2016 et 12 % en 2005.

Une dérive qui s’explique en grande partie par l’augmentation des dépenses liées aux maladies non transmissibles (MNT) — cancer, diabète, maladies cardiovasculaires et maladies pulmonaires chroniques — responsables de 82 % des décès dans le pays. À elles seules, les maladies cardiovasculaires représentent plus de 30 % des décès. Une personne sur trois souffre d’hypertension, une sur six de diabète, et le tabac cause 13 200 décès par an.

Ces pathologies sont largement alimentées par quatre comportements à risque : le tabagisme (25 % de la population), l’usage nocif de l’alcool, la sédentarité (2/3 des Tunisiens ne pratiquent aucune activité physique), et une alimentation déséquilibrée, avec une consommation de sel deux fois supérieure aux recommandations de l’OMS.

Face à ces constats, la transformation du système de santé passe par des actions concrètes : réorienter une part du budget vers la prévention ; déployer des programmes de dépistage précoce ; partager les données entre public et privé ; former les équipes aux nouveaux modèles de prévention.

La “Preuve” : « Les maladies liées au tabac coûtent chaque année 2 milliards de dinars, soit 1,8 % du PIB. »

 

Tableau – Retour sur investissement des actions de prévention (Données de l’OMS):

Domaines d’intervention Retour sur Investissement (ROI)
Réduction du tabagisme 7/1
Réduction de l’usage nocif d’alcool 9/1
Promotion d’une alimentation plus saine 14/1
Promotion de l’activité physique 4/1
Gestion des maladies cardiovasculaires 8/1
Gestion des maladies respiratoires chroniques 5/1
Dépistage et traitement du cancer 6/1

 

La prévention des MNT n’est pas seulement un enjeu sanitaire : c’est un levier économique majeur. Les maladies liées au tabac coûtent chaque année 2 milliards de dinars, soit 1,8 % du PIB. Selon l’OMS, les mesures anti-tabac affichent des retours sur investissement spectaculaires : interdiction de fumer dans les lieux publics : 109/1 ; campagnes de sensibilisation : 58/1 ; hausse des taxes : 500/1.

La “Punchline” : Avec un reste à charge à 40%, se soigner en Tunisie devient un luxe, faute d’une réelle stratégie de prévention.

 

Pour la Tunisie, l’enjeu est désormais de structurer des offres d’assurance intégrées, où la prévention devient un pilier stratégique. Cela implique une coordination étroite entre assureurs, pouvoirs publics et professionnels de santé, ainsi que l’utilisation d’indicateurs fiables pour mesurer l’impact réel sur la santé et les coûts.

A.B.A

EN BREF

  • Urgence Financière : Le reste à charge pour les ménages tunisiens a explosé pour atteindre 40% des dépenses de santé, contre 12% en 2005.
  • Fardeau Épidémiologique : Les maladies non transmissibles (MNT) sont responsables de 82% des décès en Tunisie, dopées par le tabagisme, la sédentarité et la mauvaise alimentation.
  • Nouveau Modèle de Partenariat : Mondher Khabcheche (FTUSA) appelle à un partenariat public-privé où l’assurance privée soutient la CNAM dans une logique d’équilibre durable.
  • La Prévention comme Pivot : Le système doit passer du tout-curatif à la prévention intégrée, un changement de paradigme indispensable.
  • Levier Économique : La prévention offre des retours sur investissement majeurs (jusqu’à 500/1 pour la hausse des taxes tabac), alors que le tabagisme coûte 1,8% du PIB national.