
Est-ce à dire que la situation est désespérée ?
Oui et non !
Oui si on continue à maintenir le mirage de sociétés communautaires auxquelles on accorde des privilèges et des avantages mirobolants assurant qu’elles sauveraient l’économie nationale alors que les PME, TPE souffrent le martyr !
Oui si on ne met pas fin aux blocages administratifs et au harcèlement des services fiscaux et des douanes pour encourager l’export et faciliter la vie des entrepreneurs qui ont toujours foi en une Tunisie où ils sont diffamés et dénigrés à longueur d’années !
Non si les réformes structurelles sont réalisées, si l’investissement privé redémarre si l’État ne se contente pas mais prend rapidement des mesures pour transformer le climat des affaires, libérer l’initiative privée et bâtir une croissance réelle, au lieu de prolonger l’illusion.
Mais avant d’esquisser des perspectives, il convient de dresser le tableau des réalités économiques tunisiennes à l’orée de la nouvelle année.
Les échanges commerciaux : une progression en trompe-l’œil
Selon l’INS, les exportations tunisiennes ont atteint 63,7 Mds dinars en 2025 (+2,6 %), tandis que les importations ont bondi à 85,5 Mds (+5,5 %).
Résultat : un déficit commercial record de 21,8 Mds dinars, soit 12,8 % du PIB.
S’agissant des exportations, c’est le dynamisme des industries mécaniques et électriques (+8,7 %, près de la moitié des exportations) ainsi que la reprise des phosphates (+15 %) qui y apportent une amélioration relative. Mais le recul sévère de l’énergie (-30,2 %), de l’agroalimentaire (-7,4 %, notamment l’huile d’olive) et du textile (-1,7 %) portent un coup dur aux capacités exportatrices de la Tunisie.
Dans le volet importations, la hausse des biens d’équipement de 20,1 % serait, selon Ecoweek, le reflet d’achats massifs de véhicules de transport ainsi que de la progression des intrants industriels de l’ordre de 16 %. En revanche, baisse des importations alimentaires (-15,8 %) et énergétiques (-6 %) serait le signe d’un ralentissement de la consommation des ménages et de tensions sur les stocks stratégiques.
Une croissance économique illusoire
Pour atteindre 2,6 % de croissance annuelle, la Tunisie devrait réaliser plus de 3,2 % au seul quatrième trimestre, après une année morose. Or, comme le souligne Dr. Abdelbasset Sammari, membre du Groupe de Réflexions économiques, sociales et humaines, aucun moteur réel ne justifie une telle performance :
- pas d’investissement privé significatif ;
- pas de reprise industrielle ;
- pas de demande intérieure forte ;
- pas de réformes structurelles.
Dans un contexte marqué par la rareté du financement, le resserrement budgétaire et l’endettement des entreprises publiques, cette projection apparaît davantage comme un chiffre comptable destiné à rassurer les bailleurs que comme une prévision crédible.
Le climat des affaires : un frein majeur
Nous ne comptons plus les fois où nous appelons, nous prions, nous supplions les pouvoirs publics d’améliorer le climat d’affaires. Le bulletin Ecoweek rappelle que la Tunisie est classée 74e sur 101 pays dans le rapport Business Ready 2025 de la Banque mondiale, loin derrière le Maroc (44e) ou le Rwanda (33e).
Ses faiblesses majeures sont : l’emploi (93e), services financiers (92e), règlement des litiges (91e), fiscalité lourde et désincitative (76e) et pour terminer des infrastructures et des services publics inefficaces.
Le seul point positif est la facilité de création d’entreprise grâce au guichet unique.
Le décalage entre cadre réglementaire et efficacité opérationnelle illustre un « efficiency gap » criant :
les lois existent, mais leur application reste entravée par la bureaucratie et l’absence de services publics efficaces.
Des moteurs extérieurs tel le tourisme et la diaspora qui n’arrivent pas à combler les déficits !
Avec 8,1 Mds dinars de recettes en 2025 (+6,5 %), le tourisme demeure figé à 4,8 % du PIB, loin des standards des années 2000–2010, et ne saurait être la manne répétée dans le discours officiel. En dollars, sa progression de 15,7 % est surtout liée à l’effet change.
Les transferts financiers du revenu travail (Diaspora) est en hausse, soit 8,76 Mds dinars et 5,2 % du PIB mais leur part relative recule depuis 2021. Là encore, l’effet change gonfle artificiellement les chiffres.
Ces deux secteurs, historiquement amortisseurs des crises, ne parviennent pas à compenser la faiblesse structurelle du commerce extérieur et de l’investissement.
Le danger des illusions et du déni
Comme le souligne Sammari, le véritable danger n’est pas seulement la faiblesse de la croissance, mais la persistance d’une gestion par les chiffres plutôt que par les décisions.
Afficher une croissance de 2,6 % sans réformes structurelles revient à vendre des illusions, à reporter les choix difficiles et à masquer les fragilités profondes de l’économie.
Pourtant, des leviers existent et sans entrer dans le détail, il est possible de réduire la dépendance énergétique, de valoriser les secteurs porteurs comme les industries mécaniques et électriques, qui représentent déjà près de la moitié des exportations, relancer le textile par l’innovation et la montée en gamme et l’agroalimentaire en valorisant l’huile d’olive et les produits agricoles tunisiens par une stratégie de qualité et de diversification des marchés.
Il est aussi important de mobiliser les transferts de la diaspora vers l’investissement productif plutôt que la consommation, d’alléger la fiscalité de moderniser les services publics et fluidifier les procédures administratives pour améliorer le climat des affaires, la Tunisie est 74e mondiale selon Business Ready 2025.
Les solutions sont là, encore faut-il avoir la vision et la volonté de les mettre en œuvre loin des discours économiques populistes et misérabilistes qui sont en train de mettre le pays à genoux !
Amel Belhadj Ali
EN BREF
- Croissance officielle de 2,6 % annoncée pour 2025
- Déficit commercial record de 21,8 milliards de dinars
- Exportations tirées par les industries mécaniques et électriques
- Recul de secteurs clés : énergie, agroalimentaire, textile
- Climat des affaires classé 74e mondial
- Tourisme et diaspora insuffisants pour compenser les déséquilibres.



