Chômage : embellie en vue ou énième record en avril?

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ôle emploi le 27 août 2014 à Armentières (Photo : Philippe Huguen)

[01/06/2015 04:14:54] Paris (AFP) Les signes de reprise commencent-ils à avoir des effets sur le chômage? Réponse lundi à 18H00 avec la publication du nombre d’inscrits à Pôle emploi fin avril, mais le gouvernement n’attend pas de miracle avant fin 2015.

Fin mars, le service public de l’emploi avait dévoilé une énième série de chiffres implacables : 3,51 millions de personnes sans aucune activité, et au total 5,29 millions à la recherche d’un travail dans l’Hexagone, du jamais vu.

Parmi eux, 2,3 millions pointaient à Pôle emploi depuis plus d’un an, un chiffre en explosion (+10,1% sur un an).

Depuis son élection voilà trois ans, François Hollande n’a assisté qu’à quatre baisses des chiffres mensuels de Pôle emploi. Et 600.000 nouveaux chômeurs ont poussé la porte d’une agence pour l’emploi.

Interrogé sur la teneur des chiffres dévoilés lundi, le ministre du Travail, François Rebsamen, a affirmé la semaine dernière qu’il “n’en sa(vait) rien”, mais il a repoussé l’espoir d’une embellie à la fin de l’année.

“Ce que je sais, c’est que l’année 2015 sera meilleure que l’année 2014”, car “la reprise économique est là”, a-t-il assuré.

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çois Rebsamen le 19 mai 2015 à Paris (Photo : KENZO TRIBOUILLARD)

“Il faut, disent les économistes, un niveau de croissance entre 1,3 et 1,5% pour que le chômage commence à refluer. C’est l’espérance du gouvernement, on fait tout pour qu’il y ait ce taux de croissance à la fin de l’année. Si tel est le cas, on verra le chômage refluer”, pronostique François Rebsamen.

En annonçant mi-mai que la croissance avait fait un bond de 0,6% au premier trimestre, l’Insee a dopé les espoirs du gouvernement.

Le ministre des Finances, Michel Sapin, juge désormais “parfaitement possible” que la France atteigne le fameux seuil de 1,5% fin 2015, alors que l’hypothèse du gouvernement sur l’ensemble de l’année est de 1%.

“Si le bon chiffre du premier trimestre se confirme, on va avoir un retournement sur le front de l’emploi, mais il faudra attendre un à trois trimestres”, estime Bruno Ducoudré, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

– ‘Moment charnière’ –

Les bonnes nouvelles devraient donc se faire encore attendre. C’est en tous cas ce que pensent les organismes internationaux et l’Institut national de la statistique, qui table sur une poursuite de la hausse au moins jusqu’à cet été.

Selon Bruno Ducoudré, “on est dans un moment un peu charnière”. “Le CICE et le pacte de responsabilité, conjugués à la baisse de l’euro et des prix du pétrole, vont permettre une amélioration, mais on ne connaît pas le timing”, “il se peut donc que les chiffres d’avril soient encore mauvais”.

Après l’échec des politiques de l’emploi classiques à base de contrats aidés, le gouvernement mise essentiellement sur le pacte de responsabilité, avec ses 40 milliards d’allègements de cotisations sociales et fiscales à horizon 2017.

Mais, selon l’Insee, les patrons ont jusqu’ici davantage utilisé cette bouffée d’oxygène pour augmenter les salaires qu’investir et embaucher. Il estime que 40.000 emplois devraient être sauvés au cours du 1er semestre grâce à ce dispositif, trop peu pour contenir la hausse du chômage.

Au départ, le gouvernement espérait jusqu’à 500.000 créations d’emplois, mais le président François Hollande a lui-même reconnu que le pacte “n’aurait d’effet qu’à moyen terme”, n’excluant pas que “le mandat suivant en bénéficie”. Lui-même conditionne une éventuelle candidature en 2017 à une baisse du chômage.

En attendant, le gouvernement multiplie les plans et les mesures, pour mieux accompagner les chômeurs de longue durée, relancer l’apprentissage ou encore “lever les freins à l’embauche” dans les entreprises.

Ce thème sera au coeur des échanges prévus lundi à Matignon entre Manuel Valls et les partenaires sociaux, autour de l’emploi dans les TPE et PME.

Le ministre du Travail s’est dit début avril peu convaincu par la nécessité de réformer le contrat de travail, mais il a renvoyé aux partenaires sociaux la responsabilité de lui proposer d’éventuelles “adaptations”. Un casus belli pour les syndicats.