Municipales : l’utilisation du web par Obama inspire les candidats

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ésident américain Barack Obama après sa réélection, le 7 novembre 2012 (Photo : Lionel Bonaventure)

[22/02/2014 16:37:34] Paris (AFP) Des candidats aux municipales utilisent le web et des bases de données de façon de plus en plus perfectionnée — nouveaux logiciels à l’appui — pour permettre à leurs équipes de taper à la bonne porte et d’optimiser leur campagne sur le terrain.

Responsable web de la campagne de François Hollande et candidat PS à Bordeaux, Vincent Feltesse estime qu’un pas est franchi par rapport à 2012. “On est allé beaucoup plus loin dans la gestion des bases de données et le porte-à-porte”, explique le député à l’AFP.

Lui-même a choisi un logiciel américain, “Nation Builder”, qui gère les données récupérées, le site internet du candidat, personnalise les e-mails notamment. Toutes ces méthodes s’inspirent des campagnes américaines de Barack Obama.

Cela permet “un ciblage assez fin” et c’est en quelque sorte “une professionnalisation du militantisme”, analyse M. Feltesse.

Le logiciel a été utilisé avec succès par l’équipe de Patrick Mennucci (PS) pendant les primaires à Marseille. L’équipe de l’agence web La Netscouade, dont certains avaient travaillé avec Ségolène Royal en 2007, conseille M. Mennucci et aussi les candidats PS d’Argenteuil et de Reims.

Ce ne sont “pas des outils magiques”, met en garde Matthieu Lerondeau, directeur associé de La Netscouade, mais “cela améliore la capacité d’équipes qui connaissent bien le terrain”.

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à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, pose avec une tablette à Longjumeau le 26 novembre 2012 (Photo : Thomas Samson)

Il est aussi possible d'”analyser les données électorales des scrutins précédents pour identifier les pâtés de maison où sont les profils les plus intéressants, comme les abstentionnistes de gauche par exemple”, explique-t-il.

Définir des “bureaux de vote prioritaires” pour “faire une campagne de terrain”, c’est précisément une des fonctions du logiciel “50+1” développé par Guillaume Liegey, Arthur Muller et Vincent Pons. Acheté par le PS, il est utilisé par une soixantaine de villes, comme Montpellier, Sarrebourg ou encore Le Lamentin en Martinique et aussi été acheté par un parti étranger.

Ces trois “experts en stratégie électorale et en campagne de mobilisation” comme ils se définissent ont observé de près la campagne d’Obama et piloté le porte-à-porte pour François Hollande, avant de lancer leur société en avril dernier.

Le porte-à-porte “permet de mobiliser un abstentionniste sur 14 alors que les tracts c’est un sur 100.000” selon les études, souligne Guillaume Liegey. “Cela booste les gens à aller plus sur le terrain en dehors des périodes de campagne”, plaide-t-il .

Leur logiciel mêle “les données électorales”, “des donnés socio-économiques” comme le taux de chômage. Il s’agit exclusivement de données publiques, précise M. Liegey. Et il dresse ensuite “des feuilles de routes” pour les militants.

Philippe J. Maarek, professeur de sciences politiques et auteur de “communication et marketing de l’homme politique” souligne que désormais “le militant a une aide technique considérable quand il fait du porte à porte”.

“C’est un peu ce qui se fait en marketing”

Ces outils informatiques paraissent plus adaptés aux grandes villes, comme Paris.

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à la mairie de Paris, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet (Photo : Joël Saget, Guillaume Baptiste)

Anne Hidalgo (PS) se sert elle aussi de ces méthodes. Sa rivale UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, ancienne secrétaire d’Etat au numérique, n’est pas en reste. Elle utilise aussi deux logiciels développés par une société française “dont une carte qui permet de recouper pleins de données”, explique Laura Polet, responsable web de la campagne de NKM.

“Le ciblage par arrondissement permet d’optimiser les messages”, explique-t-elle, citant en exemple l’envoi d’une proposition sur le verdissement de la ville ciblée précisément sur les Parisiens les plus éloignés d’un parc.

“C’est un peu ce qui est fait en marketing”, résume Mme Polet.

Mais attention tous les élus locaux n’ont pas encore la fibre web et internet, comme l’explique Pierre Guillou, dirigeant de la société Ideose, qui fait de la formation et du conseil pour les élus depuis 2009. “On peut arriver à professionnaliser une campagne politique mais beaucoup de candidats disent +moi je sens les choses+ et sont dans le feeling et l’incantation…”.

“Ils pensent que le web c’est uniquement ce qu’ils voient au 20 heures, un tweet qui fait mal, et cela tue le web politique”, poursuit-il.