La SNCF râle contre la TVA à l’heure où elle multiplie les prix bas

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Un TGV en gare de Bordeaux Saint-Jean (Photo : Loic Venance)

[21/10/2013 14:06:45] Paris (AFP) Les prix des billets de train devraient augmenter au 1er janvier en raison de la hausse de la TVA, passant de 7 à 10%, fragilisant la stratégie de la SNCF qui cherche à augmenter la fréquentation des trains avec des prix bas.

Le président de la SNCF Guillaume Pepy s’est élevé contre cette hausse qu’il qualifie d'”impôt sur les billets de train” et a demandé à ce que “les transports de la vie quotidienne” en soient exemptés.

“Si la TVA augmente de trois points au 1er janvier (de 7 à 10%, NDLR), nous n’augmenterons pas les prix, nous, mais les prix des billets augmenteront au bénéfice de l?État de 3%”, a-t-il expliqué lors d’un séminaire de presse.

“Il ne nous viendrait pas à l’idée d’augmenter nos tarifs de 3% en période de crise. (…) Forcément, le transport collectif risque d’être décranté par rapport aux autres modes de transport”, a-t-il ajouté.

“Il y a des exemptions vitales, comme le cinéma par exemple” (qui ne sera pas soumis à cette hausse de la TVA, ndlr), a ironisé le président de la SNCF, suggérant d'”exempter les trains de la vie quotidienne ou les tarifs sociaux”.

Cette hausse affaiblit la stratégie du groupe basée sur des prix bas, type Prem’s, IDTGV, Ouigo., mais aussi les parcours voyageurs personnalisés et le développement à l’international.

Pour la SNCF, 2013 sera une année de croissance nulle en termes de chiffre d’affaires, selon les données fournies par la direction lors d’un séminaire de presse, en raison d’une baisse du trafic. Selon Les Echos, l’entreprise pourrait finir l’année dans le rouge.

L’opérateur ferroviaire maintient son objectif de croissance annuelle de 3% d’ici 2020 et de faire passer son chiffre d’affaires de 28,3 milliards d’euros en 2012 à 35,8 milliards en 2020, “alors que la France tourne au ralenti”, a dit le président de la SNCF Guillaume Pepy.

Bascule numérique

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à Pantin, le 11 octobre 2013 (Photo : Eric Piermont)

La dette devra être réduite de 6,8 à 4,9 milliards d’euros en 2020.

Dans un pays où 73% des déplacements se font en voiture, le trafic TER, qui avait augmenté de 5,7% l’an dernier, est resté stable en 2013. Sur les lignes TGV, le trafic est en recul.

La mauvaise météo est mise en cause, mais aussi les catastrophes ferroviaires en France et en Espagne: “ce sont quelques millions d’euros sans doute qu’on a perdu parce que nos clients se sont posé des questions”, a expliqué Barbara Dalibar, directrice de la branche voyages de la SNCF.

A ces effets ponctuels, s’ajoute celui de la crise et de la baisse du pouvoir d’achat des ménages.

Bascule numérique de l’entreprise

Par ailleurs, le rail doit faire face à la concurrence du trafic low-cost aérien. “Le ferroviaire est une industrie à coûts fixes extrêmement élevés”, souligne Sophie Boissard, directrice générale déléguée stratégie et développement de la SNCF.

En outre, “des nouveaux modes (de voyage) sont en train d’éclore sur lesquels nous devons être présents, le covoiturage, l’autopartage, le vélo”, souligne Claude Solard, directeur général régions et Intercités, via des partenariats plutôt que des acquisitions.

Dans les années à venir, la SNCF souhaite maîtriser l’ensemble des modes de transport utilisés par le voyageur entre son point de départ et son point d’arrivée, avec un billet commun. Il s’agit de “passer du gare à gare au domicile-destination”, dit Barbara Dalibard.

Pour vendre ces voyages “porte-à-porte”, la SNCF mise sur de nouvelles applications pour smartphones et une dématérialisation du titre de transport. “Il y aura forcément une accélération sur le digital”, a affirmé le président de SNCF Guillaume Pepy, annonçant la “bascule numérique de l’entreprise”, qui concerne aussi les salariés.

Le groupe s’appuiera également sur les offres à bas coûts, Prem’s, IDTGV, Ouigo: “nous allons doubler la part des petits prix, qui va passer de 12 à 25% d’ici 2017”, a dit Guillaume Pepy.

Avec le lancement début 2013 des TGV low-cost Ouigo, “nous avons gagné des parts de marché sur l’axe sud-est”, a déclaré Barbara Dalibar, attirant des “gens qui ne prenaient pas le train”.

La SNCF souhaite également faire passer de 18 à 24% d’ici 2018, la part de son activité réalisée à l’étranger, via ses filiales de transport et logistique Geodis et de transports urbains Keolis.

L?Île-de-France est définie comme une “priorité nationale assumée”, selon le président de la SNCF. La région concentre les trois quarts des voyages mais 10% du réseau, et dont les lignes sont vieillissantes et saturées.

Il faudra “financer tous les investissements sans un euro de dette supplémentaire”, insiste-t-il. Son leitmotiv: “produire moins cher pour vendre moins cher”.

Cette politique de développement a été définie parallèlement au projet de loi sur la réforme ferroviaire, adopté mercredi par le conseil des Ministres. Il prévoit de réunir SNCF et Réseau ferré de France (RFF), qui gère l’infrastructure.