bienvenue-h-jebali.jpg«Nassim Alayna Al Hawa et Baktib ismak ya Bladi» («Une belle brise nous a caressés» et «J’écris ton nom oh mon pays») sont les deux chansons récitées par une chorale d’enfants habillées pour l’occasion en djellabas marocaines couvrant les cheveux en l’honneur de Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahdha au Movempick hôtel à Sousse, lors de la 26ème édition des Journées de l’entreprise, 9-10 décembre 2011.

En trois sessions des Journées de l’entreprises, je n’ai, personnellement pas assisté à ce genre de manifestations.

Comme on se reconnaît dans ces manifestations de lèche-bottes à laquelle nous ne sommes que trop familiarisés! Quoi de plus facile en effet, pour certains qui ont perdu tout sens de la dignité et même leur estime d’eux-mêmes que d’encenser un homme au point de lui faire croire qu’il est un dieu.

L’exercice est pourtant risqué. Trop. Nous en avons souffert, nous l’avons vécu avec Bourguiba, un dictateur éclairé qui a fini par croire, dans sa mégalomanie, qu’il est indispensable à une Tunisie dont nul ne lui conteste l’amour mais dont il s’est cru seul maître légitime et légal, faisant le vide autour de lui pour finalement s’en laisser défaire par un Ben Ali, dictateur, ignare et obtus. Lequel, lui, a fait de notre pays une grande prison.

Tous deux sont restés plus d’une vingtaine d’années au pouvoir, tous deux se sont laissés courtiser au point de se croire omnipotents, immuables. Tous deux ne sont pas partis par choix mais par force. Deux coups d’Etat, le premier médical, le deuxième populaire? Institutionnel ? Toujours est-il qu’ils n’ont préparé ni relève ni un leadership réactif et apte à l’exercice rapide du pouvoir.

Ce qui est resté après leurs départs? Ce sont fort heureusement des institutions bâties par le premier et malheureusement de mauvaises habitudes enracinées encore plus par le deuxième dans les esprits de personnes qui vendraient leurs âmes au diable pour aduler le «souverain».

Ceux qui ont réfléchi le spectacle des enfants aux caftans ont péché par ignorance. Parce que même si ces caftans rappellent les habits du pèlerinage, ils ne ressemblent en rien aux habits traditionnels tunisiens. Tout au contraire, on se serait cru dans une cérémonie de présentations de vœux d’obédience au Roi du Maroc! Quelle générosité de la part des organisateurs du spectacle que de promouvoir la culture marocaine!

Ils ont péché parce qu’ils exploitent des enfants dans leurs plans de courtisans alors qu’ils devraient assurer par eux-mêmes. Enfin, ils pèchent par excès de zèle, car Hamadi Jebali n’était alors pas encore officiellement Premier ministre, donc, c’est en qualité de secrétaire général de son parti, Ennahdha, qu’il était présent, ils auraient pu inviter les autres présidents des partis tant qu’ils y sont.

Un habit aux dimensions de celui qui tient le pouvoir, c’est ce qu’on ne cesse de faire depuis qu’on a entendu parler du nom de Hamadi Jebali en tant que Premier ministre, on en est venu même à citer des versets dans des interventions ou à prendre des exemples religieux… On aurait préféré croire que ce sont les expressions de convictions profondes, mais hélas…

Nous avons entendu un opérateur privé s’écrier dans un séminaire: «Je rêve, je vois devant moi le Premier ministre de la Tunisie», un homme d’affaire aussi peu exigeant dans ses rêves, cela fait plaisir à voir… Nous avons vu des personnes exprimer des éloges que seul Dieu mérite, mais des majorettes se transformer en une chorale en Djellabas ou en caftans… cela fait partie de la nouvelle vague de séduction et d’incantation… Tant il est vrai que le Tunisien est pourvu d’une grande imagination…

«Vous insistez sur la chorale mais j’ai vu de mes propres yeux près de 200 hommes d’affaires s’empresser pour aller serrer la main de Hamadi Jebali lors de son entrée à la salle de conférence aux journées de l’Entreprise»…

«Izz naffssik tssibha» (Tu ne peux être vraiment quelqu’un qu’en t’estimant assez), c’est qu’on n’arrêtait pas de nous apprendre enfants.

Il est sans doute regrettable que notre communauté d’affaires soit aussi peu confiante en son propre pouvoir, ou en sa propre intégrité pour se sentir si redevable envers qui que ce soit qui tienne le pouvoir.

Il est aussi regrettable de reconnaître que nous fabriquons nous-mêmes nos propres tyrans dans ce pays. Pourquoi ceux qui possèdent l’argent ont toujours besoin de protecteurs dans le pouvoir? Est-ce pour pouvoir continuer par des chemins détournés à construire leur fortune ou pour neutraliser un pouvoir sensé les contrôler et les surveiller? Sous d’autres cieux, c’est le pouvoir –politique- qui part en campagne pour séduire l’argent. Parlons-nous d’une transition réellement démocratique?