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éenne (BCE), le 28 juin 2005 à Francfort (Photo : John Macdougall)

[11/11/2010 09:58:27] BRUXELLES (AFP) L’Europe pourrait se retrouver au régime sec l’année prochaine et contrainte de gérer ses dépenses mois par mois si les gouvernements et le Parlement européens ne parviennent pas à s’entendre jeudi sur le budget 2011, objet d’une vive querelle depuis des semaines.

Les premiers veulent limiter la hausse des dépenses à 2,91% au moment où ils doivent tous se serrer la ceinture chez eux. Le second veut davantage en arguant vouloir donner à l’Europe les moyens de ses ambitions.

Une réunion des ministres des Finances ou du Budget de l’UE s’est ouverte dans la matinée à Bruxelles, avant une ultime tentative de conciliation avec le Parlement qui pourrait s’éterniser jusque tard dans la nuit.

La menace de blocage est sérieuse car les deux camps se montrent intransigeants dans ce qui est devenu un “rapport de force” politique, souligne une source européenne. “On est dans un jeu de pouvoirs”, explique une autre. Le budget 2011 sera en effet le premier budget négocié dans le cadre du Traité de Lisbonne, qui donne au Parlement européen les mêmes pouvoirs de décision que les Etats pour les dépenses.

Le Premier ministre conservateur britannique David Cameron a fait d’un plafonnement du budget de l’UE son cheval de bataille personnel, alors qu’il vient d’annoncer des coupes claires dans les dépenses publiques au Royaume-Uni.

Il exige que l’augmentation des dépenses européennes l’an prochain soit bloquée à 2,91%, soit 3,5 milliards d’euros à ajouter aux 123 milliards d’euros de 2010. Douze autres pays dont la France et l’Allemagne se sont ralliés à cette position.

Les eurodéputés accusent les Etats d’hypocrise.

Toute augmentation des dépenses inférieure à leur revendication de 6,19%, soit 7,5 milliards d’euros, obligera à en passer plus tard par des budgets rectificatifs pour compléter le financement de projets déjà acceptés, comme le réacteur nucléaire expérimental Iter cher aux Britanniques, a averti l’eurodéputée polonaise Sidonia Jedrezjewska, rapporteur du budget 2011 au Parlement européen.

Tout sera fait jeudi pour parvenir à un compromis car les conséquences d’un échec de la conciliation seraient lourdes.

Dans un tel cas une procédure spéciale dite du “douzième provisoire” serait mise en oeuvre consistant de facto à geler chaque mois en 2011 le budget à un douzième du niveau de 2010. Ce qui laisse, au bout du compte, peu de marge de manoeuvre aux députés dans le bras de fer.

Concrètement, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton aurait moins d’un million d’euros par mois à compter du 1er janvier 2011 pour faire fonctionner son tout nouveau service d’action extérieure. “Ce serait catastrophique, car le signal envoyé au reste du monde est que l’Europe n’a pas de budget”, estime un diplomate.

Cette bataille fait les choux gras des eurosceptiques, prompts à dénoncer par avance le gaspillage des fonds européens.

Open Europe, un centre de réflexion bruxellois, a publié mercredi une liste de gabegies budgétaires. Il épingle une dépense de 5,25 millions d’euros réglée par le Parlement européen en 2009 pour la location de limousines mise à disposition des élus lors de leurs sessions mensuelles à Strasbourg.

“Le Parlement doit comprendre que la donne a changé. Pas un seul budget national n’augmente de 2,9%. Au contraire, tous les Etats taillent dans leurs dépenses et suppriment des milliers d’emplois. Il faut tenir compte de ce contexte”, plaide le représentant d’un Etat. “Toute augmentation de la contribution nationale au budget de l’UE à pour contrepartie une coupe dans les dépenses nationales”, explique-t-il. Un des rares champs d’actions se trouve dans “la maîtrise des dépenses administratives” bruxelloises.