[12/12/2006 21:36:10] WASHINGTON (AFP) La Chine plombe de plus en plus le déficit commercial américain, même si celui-ci s’est réduit en octobre grâce à la chute des prix du pétrole, selon des chiffres publiés deux jours avant une visite à Pékin d’une délégation américaine de haut niveau. Le déficit commercial des Etats-Unis s’est réduit à 58,9 milliards de dollars en octobre contre 63,4 milliards en septembre, ce qui est le plus bas niveau depuis août 2005, a indiqué mardi le département du Commerce. “La baisse inattendue s’explique en grande partie par la chute des prix du pétrole”, estime Drew Matus de Lehman Brothers. La balance pétrolière a ainsi réduit son déficit à 18,8 milliards de dollars, alors que le prix moyen à l’importation du baril chutait de 7 dollars. “Ailleurs, on note quelques améliorations mais rien qui suggère une tendance à long terme d’inflexion du déficit commercial”, ajoute M. Matus. Notamment, le déficit avec la Chine est énorme et ne cesse de s’accroître. En octobre, il a compté pour 41% du déficit commercial total des Etats-Unis à 24,4 milliards de dollars, et les importations comme le déficit ont atteint de nouveaux records. Depuis le début de l’année, le déficit avec la Chine a augmenté de 14%, note M. Matus. Les raisons de ce déséquilibre sont connues. Les Américains n’ont aucune envie de brider leur appétit de consommation et c’est la Chine qui produit les biens les moins coûteux. Mais l’avantage compétitif chinois est décrié aux Etats-Unis par les démocrates et les industriels, qui accusent le yuan d’être artificiellement sous-évalué et responsable de ce fait des délocalisations d’emplois. “Le yuan est sous-évalué de 40% au moins face au dollar”, estime Peter Morici, professeur d’économie à l’Université du Maryland très critique du gouvernement Bush. En juillet 2005, la Chine avait fait un geste timide en liant sa monnaie à un panier de devises. Mais pour les Américains c’est très insuffisant. Le gouvernement ne cesse d’appeler Pékin à donner plus de flexibilité à sa monnaie. Prenant le taureau par les cornes, une délégation de responsables économiques se rend jeudi et vendredi en Chine, derrière le secrétaire au Trésor Henry Paulson et le patron de la banque centrale Ben Bernanke. L’idée est de lancer un “dialogue économique stratégique” entre la super-puissance d’aujourd’hui et celle de demain. Mais “cela ne va sans doute pas changer grand chose dans un avenir proche, car (le déficit) est un problème structurel à long terme dont les Etats-Unis ont à la fois profité et pâti”, estime M. Matus. Jusqu’à présent, les Etats-Unis ont adopté une attitude conciliante. Le mécontentement n’a jamais été jusqu’aux sanctions, et même le rapport officiel sur les taux de changes n’a jamais accusé Pékin de manipuler sa monnaie. Mais l’aggravation des déficits “va créer de vraies pressions pour arriver à un résultat, surtout avec un congrès démocrate moins conciliant qui va manifester son mécontentement”, estime l’économiste indépendant Joel Naroff. D’autant que le yuan n’est pas le seul point de friction: les Etats-Unis se plaignent aussi du piratage massif et de l’absence de respect de la propriété intellectuelle. Dans un rapport publié lundi, les Etats-Unis ont menacé de poursuivre la Chine devant les instances de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) si elle n’ouvre pas davantage son marché. Le rapport menace d’une “application stricte des lois commerciales américaines”, manière d’évoquer de façon voilée les sanctions – taxes et restrictions à l’importation – prévues au titre de la “section 301” sur le commerce. |
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