La Banque islamique de développement examine un projet de modernisation d’El Fouladh, évalué à 330 millions de dinars. L’entreprise vise un triplement de ses capacités de production de billettes d’acier, avec l’ambition de remplacer une partie des importations par une fabrication locale. Mais le financement reste soumis à l’approbation de la BID.

À Menzel Bourguiba, la restructuration d’El Fouladh entre dans une phase décisive, sans être encore financée. Une délégation de la Banque islamique de développement (BID) s’est rendue à Bizerte le 19 octobre pour examiner le programme. Selon les déclarations du PDG de l’entreprise rapportées ce jour-là, le coût envisagé atteint 330 millions de dinars et la visite correspond à la dernière étape des négociations.

Un investissement pour lever les contraintes de production

Le projet prévoit un four-poche, des équipements de coulée continue, des études d’ingénierie et des travaux de modernisation. Ces installations interviennent dans la transformation de l’acier liquide en billettes, produits semi-finis destinés notamment aux laminoirs. La priorité industrielle consiste donc à renforcer un maillon de l’approvisionnement local plutôt qu’à augmenter indistinctement toutes les productions sidérurgiques.

La situation de départ invite à la prudence. Selon son rapport d’activité 2024, El Fouladh a fabriqué 60 974 tonnes de billettes, contre 70 222 tonnes en 2023 selon le détail par type de produit, soit une baisse d’environ 13 %. Le document fait état d’arrêts liés notamment au personnel et aux approvisionnements, ainsi que d’un engorgement au niveau du four-poche. Tripler une capacité théorique ne signifierait donc pas automatiquement tripler les tonnages effectivement livrés.

Le pari de la substitution aux importations

Le gouvernement avait fixé, en mars 2026, une ambition plus large de développement de la filière, avec une capacité sectorielle ciblée de 600 000 tonnes de billettes et la valorisation de la ferraille locale. La présidence du gouvernement évaluait alors à plus de 300 millions de dollars par an la facture des importations concernées. Cette estimation sectorielle ne constitue toutefois ni une économie garantie, ni une prévision chiffrée des gains du seul projet El Fouladh.

Pour la balance commerciale, l’effet potentiel dépendra des volumes réellement produits, de leur adéquation aux besoins des laminoirs et du prix des importations remplacées. Il faudra aussi prendre en compte les équipements importés pour l’investissement, l’énergie, les intrants éventuels et le service du financement. L’économie nette de devises ne peut être calculée avec les données actuellement rendues publiques.

La décision financière reste à venir

À l’issue de la mission, un rapport doit être soumis aux instances techniques de la BID, avant une note destinée à son conseil d’administration. La visite, annoncée jusqu’au vendredi 23 octobre, doit également aborder les installations, les ferrailles, les exigences environnementales et les relations avec des laminoirs privés.

Le dossier ne se résume donc pas à une enveloppe d’investissement. Sa réussite se mesurera à la disponibilité des équipements, à la régularité de la production et à la quantité de billettes importées effectivement remplacées. Tant que l’accord financier, le calendrier et les engagements industriels ne seront pas formalisés, ces résultats resteront des objectifs.

CHIFFRES CLÉS

  • 330 millions de dinars : coût prévisionnel annoncé du programme de restructuration.
  • ×3 : multiplication des capacités de production visée par la direction.
  • 60 974 tonnes : billettes d’acier produites en 2024.
  • 70 222 tonnes : production de billettes en 2023 selon le tableau détaillé du rapport 2024, avec une divergence documentaire à clarifier.
  • Plus de 300 millions de dollars par an : estimation gouvernementale de la facture des importations concernées à l’échelle de la filière, publiée en mars 2026.