
La flambée du Brent, sur fond de tensions au Moyen-Orient, expose les fragilités d’une économie déjà confrontée à un déficit public élevé, une facture énergétique lourde et des investissements insuffisants. Le budget 2027 devra répondre à une question : comment protéger le présent sans hypothéquer l’avenir ?
Le 16 octobre 2026, le Brent a frôlé 110 dollars le baril, clôturant à 109,86 dollars. Pour la Tunisie, qui prépare son budget 2027 sur une hypothèse de 75 à 80 dollars, l’écart sonne comme un avertissement. Un prix observé en séance ne préjuge pas de la moyenne de l’année prochaine. Mais il oblige à prendre au sérieux le risque d’un choc prolongé.
Un budget sous pression
Le projet de loi de finances 2027 prévoit 68,895 milliards de dinars de dépenses et 54,280 milliards de recettes, soit un déficit de 14,615 milliards. Dans son analyse publiée par WMC, Larbi Benbouhali souligne le poids des salaires publics, des subventions et des échéances de dette, qui réduit les marges d’investissement.
L’exécution de 2026 confirme cette tension. Amel Belhadj Ali rappelle que les dépenses de soutien ont atteint 3,486 milliards de dinars au premier semestre, dont 2,427 milliards consacrés aux carburants. Si le pétrole reste cher, maintenir les prix administrés peut alourdir la compensation ; les relever peut peser sur les ménages et les entreprises.
La facture de la dépendance
Autre alerte : le déficit commercial a atteint près de 21 milliards de dinars sur les neuf premiers mois de 2026. Sur WMC, Abdelbasset Sammari insiste sur l’effet des difficultés d’accès à l’eau, à l’électricité et à la logistique sur la production et les exportations.
Le mécanisme est redoutable : moins de capacité productive peut signifier davantage d’importations, des besoins accrus en devises et une croissance affaiblie. Le pétrole cher amplifie ces risques, sans en être l’unique cause.
Financer la transformation, pas seulement les urgences
La perspective d’un rapprochement avec la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures ouvre des possibilités pour les transports, l’eau ou l’énergie. Mais une intention de coopération ne vaut pas financement approuvé. Il faut des projets solides, des calendriers crédibles et une gouvernance transparente.
La comparaison maghrébine éclaire les choix : le Maroc reste exposé en tant qu’importateur d’énergie, tandis que l’Algérie, exportatrice, bénéficie potentiellement de prix élevés mais demeure vulnérable à leur retournement. Pour la Tunisie, accélérer les renouvelables, moderniser les réseaux et sécuriser l’activité des entreprises répondrait aux contraintes de court terme comme de long terme.
Enfin, la révolution de l’intelligence artificielle, évoquée cette semaine par WMC à travers les prévisions d’Eric Schmidt, rappelle que la compétitivité se joue aussi dans les compétences, l’innovation et les exportations de services.
Le verdict : le pétrole à 110 dollars n’invente pas les déséquilibres tunisiens ; il les rend plus visibles. L’enjeu du budget 2027 sera moins d’afficher des ambitions que de financer des investissements capables de réduire durablement la dépendance et de créer de la richesse.


