L’ancien patron de Google anticipe une accélération majeure de l’intelligence artificielle. Programmation automatisée, mathématiques de haut niveau, systèmes capables de s’améliorer : ses prévisions interrogent l’avenir des métiers qualifiés et la compétitivité des entreprises.

L’intelligence artificielle pourrait connaître, dans les prochaines années, une transformation bien plus profonde que la simple généralisation des assistants conversationnels. C’est le scénario défendu par Eric Schmidt, ancien PDG de Google, qui prévoit une progression spectaculaire des capacités des systèmes d’IA.

Première étape : les programmeurs et les mathématiciens

Dans des déclarations formulées en avril 2025, Eric Schmidt avançait qu’en un an, les systèmes d’intelligence artificielle pourraient prendre en charge une grande partie du travail de programmation et atteindre des performances comparables à celles d’étudiants parmi les plus avancés en mathématiques.

Cette perspective ne signifie pas nécessairement la disparition des emplois de programmeurs. Elle annonce plutôt une transformation potentielle de leurs fonctions : moins de rédaction manuelle de code, davantage de conception, de supervision et de vérification.

Deuxième étape : une IA qui contribue à son amélioration

L’horizon suivant concerne ce que les chercheurs appellent l’auto-amélioration récursive.

Le principe est déterminant : des systèmes suffisamment performants en programmation et en mathématiques pourraient participer au développement de leurs propres successeurs.

Une telle évolution pourrait accélérer la recherche informatique, mais aussi certaines activités scientifiques. Sa généralisation reste toutefois une hypothèse, dont la faisabilité et les limites font débat.

Et après ? L’intelligence artificielle générale

Schmidt a également évoqué la possibilité d’une intelligence artificielle générale dans un délai de trois à cinq ans à partir de 2025, suivie, selon certains scénarios, de systèmes dépassant largement les capacités humaines.

Ces horizons ne constituent ni un consensus scientifique établi ni un calendrier garanti. Ses déclarations ultérieures montrent d’ailleurs que les échéances restent discutées.

Eric Schmidt : ce qui a changé entre 2025 et 2026

En 2025, Eric Schmidt annonçait une rupture technologique imminente. En 2026, il maintient ses anticipations tout en décrivant plus concrètement la transformation du métier de programmeur.

Thème Déclarations de 2025 Déclarations de 2026
Programmation Une grande majorité des tâches de programmation pourrait être confiée à l’IA dans un délai d’un an. En juin, Schmidt estime que des programmeurs IA de niveau mondial pourraient apparaître sous un à deux ans.
Mathématiques Des systèmes pourraient atteindre le niveau des meilleurs étudiants avancés en mathématiques en un an. En juin, il envisage des mathématiciens IA de niveau mondial dans l’année suivante.
Auto-amélioration L’IA pourrait contribuer à améliorer ses propres capacités grâce à la programmation et aux mathématiques. Il insiste sur le potentiel de ces capacités pour accélérer les découvertes en physique, chimie, biologie et sciences des matériaux.
Emploi et compétences La substitution de tâches humaines par des systèmes automatisés occupe une place centrale dans ses prévisions. En octobre, Schmidt conseille aux programmeurs de devenir davantage des architectes de systèmes, capables de diriger les outils d’IA.
AGI et superintelligence Il évoque une intelligence artificielle générale sous trois à cinq ans, puis une possible superintelligence. Les déclarations examinées ne permettent pas d’établir un nouveau calendrier aussi précis.

Ce que révèle la comparaison

Le changement le plus significatif concerne le discours sur le travail. En 2025, Schmidt mettait l’accent sur la rapidité de la substitution technologique. En octobre 2026, il insiste davantage sur la manière dont les professionnels devront travailler avec des systèmes devenus plus performants.

Il ne renonce pas pour autant à ses prévisions ambitieuses. Son entretien de juin 2026 prolonge même l’horizon de certaines capacités à un ou deux ans supplémentaires.

Le point de vigilance : cette comparaison établit une évolution de ses déclarations, pas un bilan indépendant de la réalisation de ses prévisions. Elle ne permet donc pas d’affirmer que les objectifs annoncés en 2025 ont été atteints.

Un enjeu stratégique pour les entreprises

Pour les entreprises, notamment celles des services numériques, la question dépasse la performance des logiciels.

Si ces prévisions se concrétisent, les modèles économiques fondés sur la production humaine de code pourraient évoluer profondément.

Pour la Tunisie, où les compétences numériques constituent un enjeu de compétitivité, cela soulève une interrogation stratégique : comment former des ingénieurs capables de concevoir, piloter et contrôler des systèmes qui réaliseraient une part croissante du travail technique ?

L’enjeu n’est donc pas seulement de prévoir ce que l’IA saura faire, mais de déterminer comment les entreprises pourront s’y adapter.

CHIFFRES CLÉS

  • 1 an : horizon avancé en avril 2025 pour l’automatisation de la programmation et les performances mathématiques.
  • 2 ans : horizon évoqué pour l’accélération de l’auto-amélioration.
  • 3 à 5 ans : scénario d’apparition d’une IA générale.
  • 6 ans : horizon prospectif de superintelligence présenté en 2025.