La Tunisie serait sur la voie de contourner, de manière significative, «l’embargo financier occidental de fait» qui lui a été imposé, depuis le refus, en 2022, du FMI de lui accorder des facilités de paiement de 1,9 milliard de dollars. C’est du moins si on croit une récente révélation du ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh.
Selon le ministre, la présidente de la banque chinoise, la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), Zou Jiayi, « a réaffirmé l’engagement de son institution à renforcer sa coopération avec la Tunisie », et ce, lors d’une entrevue avec le ministre, en marge de sa participation aux 11èmes Assemblées annuelles de la BAII (les 28 et 29 septembre 2026, à Doha (Qatar).
La BAII disposée à financer des projets d’infrastructure en Tunisie
Le communiqué, publié par le département de l’Economie, nous informe, également, que Zou Jiayi « a fait état de la disposition de la BAII à étudier et à soutenir les projets d’infrastructure proposés, par les autorités tunisiennes, dans le cadre du prochain Plan quinquennal de développement (2026-2030) ».
En fait, la présidente de la BAII dont la Tunisie est membre depuis 2023, n’a fait que confirmer les conclusions des pourparlers positifs qui ont eu lieu, au mois de décembre 2025, entre la Tunisie et cette institution à l’occasion de la visite à Tunis, de Supee Teravaninthorn, conseillère spéciale du vice-président de la BAII.
Lors de cette visite, les deux parties ont discuté de l’étude d’un premier financement par la BAII d’un projet de transport urbain en Tunisie.
Le gouvernement tunisien a tendance à se spécialiser dans les communiqués insipides
Dans le communiqué du 28 septembre 2026, Samir Abdelhafidh est revenu sur ce projet et a évoqué des « progrès accomplis dans son étude ». Toutefois, il s’est gardé de donner le moindre élément d’information sur le dit projet. Il n’a fourni aucun détail ni sur la taille du projet, ni sur sa nature (ferroviaire, terrestre…), ni sur la région qui l’abriterait.
Il s’agit, apparemment, d’un des nombreux projets en stand bye dont des tronçons du réseau ferroviaire rapide de Tunis (RFR), du métro de Sfax…
De toute évidence, au regard de l’insoutenabilité de la dette tunisienne (120 % du PIB si on tient compte de la dette des entreprises publiques, des garanties de l’Etat…), et de la propension de l’actuel gouvernement à emprunter à des taux élevés (7 à 10 % particulièrement auprès de l’African Export-Import Bank – Afreximbank) , ce rapprochement avec la BAII va permettre à la Tunisie de bénéficier d’une nouvelle fenêtre de financement international.
L’intérêt géostratégique affiché de la BAII pour la coopération avec la Tunisie offre une réelle chance de dynamiser et fructifier la relance économique du pays et d’attirer davantage d’investissements structurants dans les années à venir.
L’enjeu du partenariat avec la BAII
Dans le détail, ce partenariat avec la BAII représente une opportunité majeure d’accéder à des financements compétitifs et à une expertise technique de poids, notamment pour des projets stratégiques liés à la gestion des ressources hydriques, à la modernisation du réseau électrique, au développement du solaire et à l’amélioration des infrastructures de mobilité (transport).
Mieux, les préférences de la BAII pour les projets durables sont en harmonie avec les choix de l’État tunisien, notamment, en ce qui concerne les transports, les énergies renouvelables, l’eau, le développement des infrastructures et l’adaptation au réchauffement climatique.
Néanmoins nous tenons à mettre en garde que le partenariat avec la BAII ne sera pas de tout repos pour les cadres tunisiens habitués à gérer avec laxisme l’argent emprunté. Et pour cause.
Les financements et décaissements validés par la BAII sont réputés pour dépendre d’une gestion rigoureuse, d’un calendrier d’exécution exigeant et d’un montage financier solide.
Et pour ne rien oublier un mot sur la banque chinoise, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures.
Créée en 2014, la BAII est une banque d’investissement proposée par la république populaire de Chine dans le but de concurrencer le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement pour répondre au besoin croissant d’infrastructures en Asie du Sud-Est et en Asie centrale. Cette banque s’inscrit dans la stratégie de la nouvelle route de la soie développée par la Chine.
EN BREF
- Alternative financière : Rapprochement stratégique entre la Tunisie et la BAII pour contourner le blocage des financements du FMI.
- Projet pilote : Étude avancée pour le financement d’un grand projet de transport urbain (RFR de Tunis ou métro de Sfax).
- Horizon 2026-2030 : Intégration des priorités de la BAII (eau, solaire, réseau électrique) dans le prochain Plan de développement.
- Soutien compétitif : Réduction de la dépendance envers les emprunts à taux élevés (7-10 % auprès d’Afreximbank).
- Défi d’exécution : Obligation de rigueur de gestion et respect strict des calendriers imposer par les standards de la BAII.



