Malgré l’existence de sources de financement nationales et internationales destinées à soutenir l’investissement local, notamment dans les domaines du changement climatique et du développement durable, les municipalités tunisiennes peinent à mobiliser ces ressources et à traduire leurs plans de développement local en projets concrets, ont fait observer des experts et participants à un atelier organisé mercredi à Tunis, par ONU-Habitat, dans le cadre de la “Plateforme de Partenariat pour la Localisation des Objectifs de développement durable (ODD) en Tunisie”.

La Plateforme de Partenariat pour la Localisation des Objectifs de Développement Durable (ODD) est une initiative opérationnelle et mondiale visant à traduire les 17 objectifs de l’Agenda 2030 en politiques, plans d’action et budgets concrets au niveau local et multiniveau, en renforçant la coordination entre les institutions nationales et locales et en dotant les territoires pilotes d’outils pratiques pour la planification et la mise en œuvre.

Dans le cadre de la première phase de cette initiative en Tunisie, cinq municipalités pilotes ont été sélectionnées en coordination avec ONU-Habitat et les gouvernorats concernés : Kélibia (Nabeul), Sened (Gafsa), Sejnane (Bizerte), Zahret Medyen (Béja) et Bechri Fatnassa Negga (Kébili), en tenant compte des spécificités géographiques, culturelles et des potentialités propres à chaque zone.

Cette initiative part du fait que le défi du développement local ne réside pas uniquement dans la conception des plans, mais dans la capacité des municipalités à mobiliser les ressources financières et techniques pour les convertir en projets réalisables.

Intervenant, l’expert en finances locales, Ahmed Guidara, a souligné que l’importance de cette plateforme réside dans le rapprochement des milieux de la planification urbaine et des finances, les plans ne pouvant se concrétiser sans la mobilisation des ressources financières nécessaires.

Il a précisé que les capacités d’investissement des collectivités locales constituent un facteur essentiel pour traduire les plans en projets effectifs, ajoutant que les municipalités sont encore confrontées à plusieurs obstacles, dont leur faible capacité d’épargne et de constitution de ressources propres.

Il a ajouté que plusieurs sources de financement disponibles restent sous-exploitées, dont les financements internationaux destinés aux projets sur le changement climatique, auxquels les collectivités locales peinent encore à accéder faute d’accompagnement de l’État et en l’absence de structures qualifiées et accréditées pour élaborer et suivre ces projets.

Guidara a ainsi appelé à permettre aux collectivités locales de mieux tirer parti des financements offerts par la Caisse des Prêts et de Soutien des Collectivités Locales en Tunisie ainsi que par les programmes nationaux.

Il a estimé que la Plateforme de Partenariat pour la Localisation des ODD peut contribuer à harmoniser les visions et à ouvrir des perspectives de coopération intercommunale, notamment pour réaliser des projets climatiques conjoints, ce qui permettrait de réduire les coûts de renforcer l’efficacité de l’investissement local.

De son côté, le spécialiste en développement urbain, Achraf Ghrib, a mis en avant le rôle de la plateforme comme espace réunissant municipalités, conseils régionaux et locaux, experts, associations, bailleurs de fonds et partenaires internationaux pour concevoir des projets réalisables à l’échelle locale.

Ghrib a mis l’accent sur la nécessité pour les projets prévus dans les municipalités pilotes de dépasser la dimension strictement locale et d’avoir un impact économique, environnemental et touristique régional, tout en créant des emplois et en améliorant la qualité de vie ainsi que les services fournis aux habitants.