Avec une pointe de demande de 1 400 MW en août pour plus de 2 300 MW de capacités installées selon le ministre de l’Énergie, le Sénégal semblait disposer d’une confortable marge de sécurité. Les coupures de septembre montrent pourtant qu’une puissance inscrite sur le papier ne vaut que si les centrales, le combustible et le réseau sont effectivement disponibles.
Le paradoxe est saisissant. Le Sénégal a connu de fréquentes coupures d’électricité en septembre alors que son ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, évalue le parc installé à plus de 2 300 MW. La pointe de consommation avait atteint 1 400 MW en août, au-dessus des prévisions, selon ses déclarations rapportées par Reuters.
Sur cette base, l’écart nominal dépasse 900 MW. Mais cet écart ne constitue pas une réserve réellement mobilisable. Selon le ministre, le système n’a pas pu satisfaire la demande en raison d’un approvisionnement insuffisant en combustible et de pannes techniques. La Senelec a également fait état, par l’intermédiaire de son directeur général, d’indisponibilités d’unités de production et de difficultés d’approvisionnement.
La capacité disponible, variable décisive
C’est la principale leçon de l’épisode sénégalais : additionner les mégawatts des centrales ne suffit pas à mesurer la sécurité électrique. Une installation arrêtée, privée de combustible ou en maintenance reste comptabilisée dans la capacité installée mais ne fournit rien au moment de la pointe.
Cette distinction devient stratégique lorsque la demande augmente plus vite que prévu. Chaque panne réduit alors la marge opérationnelle et transforme un parc théoriquement excédentaire en système sous tension.
Le gaz comme réponse structurelle
Dakar veut réduire progressivement sa dépendance aux combustibles liquides importés en alimentant davantage ses centrales au gaz naturel national. Le ministre évoque environ 340 kilomètres de gazoducs programmés pour relier les ressources gazières aux centrales et aux industries. Le segment Nord, long d’environ 85 km, a déjà fait l’objet en septembre de la pose de sa première canalisation.
Le gaz ne règle toutefois pas à lui seul la question de la fiabilité. L’expérience sénégalaise rappelle une équation valable bien au-delà du pays : la sécurité électrique dépend moins du nombre total de mégawatts annoncés que des mégawatts réellement disponibles au moment où les consommateurs en ont besoin.
Chiffres clés
- 1 400 MW : pointe de consommation atteinte en août 2026 selon le ministre.
- Plus de 2 300 MW : capacité installée annoncée par le ministre ; 2 290 MW sont actuellement affichés par Senelec.
- Plus de 900 MW : écart nominal minimal entre les deux chiffres ministériels, calcul WMC ; il ne correspond pas à une réserve effectivement disponible.
- Environ 340 km : gazoducs programmés selon le ministre et l’APS.
- Environ 85 km : longueur du segment Nord du RGS, dont la première canalisation a été posée en septembre.


