Semaine ECO du 13 juillet 2026La semaine économique tunisienne livre un message assez net : les opportunités existent, mais leur valeur dépend désormais de la capacité à les transformer, les financer et les exécuter. Automobile, commerce avec la Libye, transition énergétique, financement des PME et minéraux critiques renvoient tous à la même exigence. À l’international, le débat américain sur la sécurité de l’intelligence artificielle ajoute une autre dimension : celle de la gouvernance des transformations rapides.

Produire plus de valeur, pas seulement plus de volume

L’automobile illustre le mieux cette transition. Avec environ 3,9 milliards d’euros d’exportations en 2025, plus de 120 000 emplois et l’Allemagne absorbant 37 % des exportations tunisiennes de composants, la Tunisie dispose déjà d’un socle industriel significatif.

Mais l’enjeu n’est plus seulement d’accroître les volumes. Il est de remonter vers l’ingénierie, les logiciels, les tests, la R&D et l’électrification. L’Allemagne peut conforter la production exportatrice, la Turquie densifier les fournisseurs et l’aftermarket, la Chine accélérer l’intégration aux nouvelles chaînes de valeur. Le risque serait toutefois de multiplier les partenariats sans augmenter la part de valeur créée localement.

La Libye offre un autre terrain de progression. Les échanges ont atteint 2,89 milliards de dinars en 2025, avec 84,9 % des exportations tunisiennes constituées de produits manufacturés. Mais seulement 55,1 % du potentiel théorique serait exploité, soit 282,1 millions de dollars d’opportunités non captées. Le recul de 1,1 % des exportations à fin août 2026 contraste cependant avec la tendance longue. [lecture divergente]

Énergie et ressources : transformer la contrainte en avantage

Cette ambition industrielle se heurte à une faiblesse structurelle : l’énergie. À fin août 2026, le déficit énergétique frôle 9 milliards de dinars, tandis que les importations énergétiques progressent de 28,5 % sur un an. Près de 97 % de la production électrique repose encore sur le gaz naturel.

Dans le même temps, l’autoconsommation photovoltaïque pourrait réduire jusqu’à 40 % des charges énergétiques industrielles. Les financements existent également, avec plus de 300 millions de dollars engagés par la Banque mondiale dans la modernisation du réseau et l’intégration des renouvelables. Là encore, la difficulté identifiée tient moins à l’absence de ressources qu’à la rapidité et à la structuration des projets.

Les minéraux critiques posent la même question de transformation locale. Les réserves de phosphate sont présentées entre plus de 3 milliards et plus de 10 milliards de tonnes selon les périmètres retenus. [donnée incomplète]. Les indices de cuivre, argent, zinc et antimoine restent, eux, à confirmer. Le potentiel existe, mais sa portée dépendra de la capacité à produire et transformer davantage en Tunisie.

Financement et IA : l’efficacité des règles

Le crédit sur l’honneur destiné aux PME peut atteindre 25 000 dinars, sans intérêts ni garanties. Pourtant, certaines exigences documentaires pourraient réduire la portée du mécanisme si elles recréaient des barrières proches du crédit classique. Leur application effective reste [à vérifier auprès des banques].

À Washington, le même débat sur l’efficacité des règles apparaît autour de l’IA. OpenAI, Anthropic, Meta, Alphabet, Nvidia et SpaceX ont conclu un accord volontaire prévoyant contrôles internes et évaluations externes, sans sanction explicite. Or 73 % des Américains interrogés estiment que les entreprises d’IA n’ont pas fait assez pour prévenir de graves dommages.

Le vrai enjeu : l’exécution

De l’industrie à l’énergie, des ressources naturelles au financement, jusqu’à l’intelligence artificielle, une même leçon se dégage : les stratégies et les engagements ne valent que par leurs résultats concrets.

Pour la Tunisie, la priorité n’est donc plus seulement d’identifier de nouveaux potentiels. Elle est de mieux convertir ceux déjà disponibles en investissement, compétitivité, compétences et valeur locale durable.