EnergieJeudi 1er octobre 2026, l’UTICA sera le théâtre de la 4ème édition du Salon International de la Transition Énergétique (SITE 2026). Pendant trois jours, la Chambre Syndicale du Photovoltaïque (CSPV) réunit les institutions publiques, les industriels, les bailleurs internationaux et les investisseurs autour d’un enjeu devenu central : la transition énergétique n’est plus seulement une nécessité technique, elle est devenue une condition macroéconomique de la stabilité du pays.

« Je crois que l’eau sera un jour employée comme combustible, que l’hydrogène et l’oxygène, qui la constituent, utilisés isolément ou simultanément, fourniront une source de chaleur et de lumière inépuisables et d’une intensité que la houille ne saurait avoir. » La vision prophétique que Jules Verne esquissait dans « L’Île mystérieuse » en 1875 n’a jamais résonné avec autant de justesse : l’énergie, loin d’être un simple ressort technique, devient le socle même des civilisations qui se projettent.

Le thème de SITE 2026 : « Accélérer la transition énergétique : Investir, Innover, Agir » reflète une réalité désormais incontestable : la Tunisie ne peut plus différer l’accélération de sa transition énergétique sans aggraver ses déséquilibres économiques.

Une facture énergétique qui fragilise les équilibres macroéconomiques

Les données officielles du ministère de l’Industrie et de l’ANME montrent que la Tunisie importe plus de 50 % de son énergie primaire, principalement sous forme de gaz naturel. Cette dépendance structurelle se traduit par une facture énergétique qui dépasse régulièrement 7 % du PIB, selon les rapports conjoints ANME–STEG.

Chaque hausse du prix international du gaz se répercute directement sur le déficit de la balance énergétique. A fin août 2026, le déficit énergétique frôle les 9 milliards de dinars, creusé par la hausse des importations. Les importations énergétiques progressent de +28,5 % sur un an et les réserves en devises sont fragilisées par les importations énergétiques, tandis que le budget de l’État doit absorber les chocs par des subventions croissantes.

La STEG rappelle dans ses rapports techniques que près de 97 % de la production électrique tunisienne repose encore sur le gaz naturel. Ce chiffre expose le pays à une volatilité extrême des marchés internationaux et limite sa capacité à stabiliser ses coûts de production.

Dans ce contexte, SITE 2026 devient un espace où se joue une partie de la trajectoire économique du pays : réduire la dépendance, stabiliser les coûts, attirer les investissements et sécuriser l’approvisionnement.

« L’énergie, loin d’être un simple ressort technique, devient le socle même des civilisations qui se projettent. »

La transition énergétique comme levier de compétitivité industrielle

Les études de l’ANME montrent que les entreprises industrielles tunisiennes consacrent entre 15 % et 30 % de leurs coûts de production à l’énergie. Dans un contexte de concurrence internationale accrue, la maîtrise du coût énergétique devient un facteur de survie économique. L’autoconsommation photovoltaïque permet déjà, selon les données officielles, de réduire jusqu’à 40 % des charges énergétiques des entreprises industrielles. Chaque kilowattheure produit localement est un kilowattheure qui réduit la facture d’importation, améliore la compétitivité, stabilise les coûts de production et renforce la résilience des entreprises.

SITE 2026 met en lumière cette dimension : la transition énergétique n’est pas seulement un choix écologique, c’est un choix industriel. Les entreprises qui adoptent le photovoltaïque, l’efficacité énergétique ou les solutions de stockage améliorent leur compétitivité et leur capacité à se projeter sur les marchés internationaux.

Financement : un potentiel mobilisable, mais encore sous‑exploité

Les bailleurs présents aujourd’hui – CDC, Banque Mondiale, BAD, PNUD, KfW – financent déjà une part importante des infrastructures énergétiques du pays. Les chiffres officiels montrent que la Banque Mondiale a engagé plus de 300 millions de dollars dans les projets de modernisation du réseau et d’intégration des renouvelables. La BAD finance des programmes d’efficacité énergétique et de solaire PV, dont le programme CHAMS. Le KfW soutient les infrastructures hydrauliques et les STEP, essentielles pour le stockage. La CDC pilote des mécanismes de financement pour les projets privés et publics.

Les bailleurs le répètent : les financements existent, mais les projets doivent être mieux structurés, plus rapides, plus lisibles et plus sécurisés. SITE 2026 devient ainsi un espace où les acteurs publics et privés peuvent aligner leurs visions, clarifier les mécanismes et accélérer la maturation des projets.

« À fin août 2026, le déficit énergétique frôle les 9 milliards de dinars, creusé par une hausse des importations de +28,5 % sur un an. »

Jour 1 : les leviers économiques d’une Tunisie décarbonée

La première journée explore les fondations économiques de la transition énergétique. Les responsables des programmes nationaux, de la STEG et de l’ANME exposent les stratégies d’accélération du photovoltaïque, les mécanismes d’incitation pour les ménages et les entreprises, et les programmes d’autoconsommation destinés à réduire la pression sur le réseau. Le constat est clair : les outils existent, mais leur activation reste insuffisante. La Tunisie doit passer d’une logique de projets isolés à une stratégie cohérente et rapide.

Le panel consacré au financement aborde l’un des nœuds critiques : comment mobiliser les ressources nécessaires pour déployer les projets renouvelables ? Dans un contexte où les projets peinent parfois à franchir les étapes administratives, ce dialogue devient essentiel pour débloquer les investissements.

Le troisième temps fort porte sur l’autoconsommation. Les intervenants détaillent les freins techniques, réglementaires et opérationnels qui ralentissent son déploiement. Le programme de Citoyenneté photovoltaïque, les défis d’intégration au réseau, l’industrie face à la transition : autant de sujets qui conditionnent la réussite du solaire en Tunisie.

Jour 2 : mobilité électrique, stockage et économie circulaire — les nouveaux marchés

Vendredi 2 octobre, SITE 2026 aborde les technologies qui conditionnent la stabilité du mix électrique. Les données institutionnelles montrent que le stockage BESS permet de réduire jusqu’à 20 % des pertes techniques du réseau. Les STEP peuvent fournir une flexibilité indispensable pour absorber la montée en puissance des renouvelables. L’hydrogène vert représente un potentiel exportable, soutenu par les études du ministère de l’Agriculture et du KfW. Le projet ELMED, soutenu par l’Union européenne, pourrait transformer la Tunisie en plateforme énergétique méditerranéenne, capable d’exporter de l’électricité renouvelable vers l’Europe.

La biomasse et la valorisation énergétique des déchets, présentées par l’ANGED, l’ANME et l’ONAS, représentent un potentiel économique sous-exploité. Les rapports institutionnels montrent que la valorisation des déchets peut réduire les coûts de gestion, produire de l’énergie, créer des emplois et soutenir une économie circulaire encore embryonnaire.

« La transition énergétique n’est plus un choix écologique : c’est un impératif de survie industrielle et de stabilité macroéconomique. »

Jour 3 : intelligence collective et structuration des marchés

Samedi 3 octobre, la dernière journée est consacrée aux rencontres professionnelles. Dans un marché en pleine accélération, ces échanges sont essentiels pour transformer les intentions en projets, et les projets en réalisations. Les entreprises présentes – photovoltaïque, stockage, mobilité électrique, ingénierie, assurances, solutions industrielles – représentent un écosystème capable de structurer une filière énergétique nationale compétitive.

Une édition qui doit marquer un tournant économique

SITE 2026 arrive à un moment critique. La transition énergétique n’est plus un enjeu technique : elle est devenue un pilier de la stabilité macroéconomique, de la compétitivité industrielle, de la souveraineté nationale et de la justice sociale. Les technologies sont disponibles. Les financements existent. Les partenaires sont mobilisés. Ce qu’il faut plus que jamais aujourd’hui, c’est la rapidité de l’exécution, la cohérence stratégique et la capacité à lever les freins structurels.

La Tunisie se trouve à un moment où les stratégies ne suffisent plus : il lui faut désormais transformer la planification en action, et l’intention en mise en œuvre, pour éviter que les déséquilibres énergétiques ne deviennent des handicaps structurels.

Amel Belhadj Ali

EN BREF

  • Urgence macroéconomique : Le déficit énergétique atteint 9 milliards de dinars à fin août 2026 (+28,5 % d’importations).
  • Dépendance critique : 97 % de la production électrique nationale repose encore sur le gaz naturel.
  • Compétitivité industrielle : Le solaire photovoltaïque en autoconsommation réduit jusqu’à 40 % les coûts énergétiques des entreprises.
  • Financements disponibles : Plus de 300 M$ engagés par la Banque Mondiale, aux côtés de la BAD, KfW, PNUD et CDC, en attente d’une accélération administrative.
  • Horizons stratégiques : Focus sur le stockage BESS, les STEP, le projet ELMED et l’exportation d’hydrogène vert vers l’Europe.