Le Sénégal doit rendre soutenable une dette centrale de quelque 44 milliards de dollars tout en préservant son accès au financement. Dakar parle de « traitement de la dette ». Derrière le vocabulaire, la question reste celle de l’effort demandé aux créanciers.
Au Sénégal, la bataille de la dette se joue désormais autant sur les chiffres que sur les mots.
L’encours de l’administration centrale atteignait 25 200 milliards de francs CFA, soit environ 44 milliards de dollars, fin 2025. En incluant notamment les entreprises publiques et les engagements garantis par l’État, l’endettement avoisine 130 % du PIB.
Un « traitement » aux contours encore ouverts
Le gouvernement a officiellement lancé le 1er septembre son Plan de traitement de la dette du Sénégal. Il veut rétablir la viabilité de la dette et réduire son poids sur le budget, tout en maintenant la dette libellée en francs CFA hors du dispositif. Il a également annoncé son intention de recourir au Cadre commun du G20.
Le choix des mots est significatif. Reuters relève que les dirigeants sénégalais évitent largement le terme « restructuration ». Des maturités plus longues ou des taux réduits figurent parmi les voies possibles, mais aucune combinaison définitive n’est encore annoncée. Avec un endettement aussi élevé, éviter toute perte pour les créanciers pourrait cependant devenir difficile.
Le casse-tête de la répartition
L’équation est compliquée par la composition de la dette. Les créanciers multilatéraux représentaient environ 40 % de la dette extérieure en 2024 et les crédits export 9 %. Reuters estime ainsi qu’un éventuel allègement pèserait essentiellement sur la moitié restante, avec un enjeu particulier pour les détenteurs d’obligations.
À cette dette s’ajoutent 1 956 milliards de francs CFA d’arriérés, soit 3,42 milliards de dollars en mars 2025, montant encore soumis au résultat d’un audit.
Le FMI constitue le passage obligé. Ses services ont conclu début septembre un accord technique sur une facilité d’environ 2,2 milliards de dollars, mais son approbation reste conditionnée notamment à des assurances de financement.
Le test sénégalais sera donc moins sémantique que financier : déterminer qui accepte quel effort pour rendre la dette soutenable, sans refermer durablement l’accès du pays au financement.
Chiffres clés
- 25 200 milliards FCFA : dette de l’administration centrale fin 2025.
- ≈ 44 milliards $ : équivalent indiqué par Reuters.
- ≈ 130 % du PIB : dette au périmètre élargi.
- 1 956 milliards FCFA / 3,42 milliards $ : arriérés recensés en mars 2025, sous réserve de l’audit final.
- 40 % : part approximative des créanciers multilatéraux dans la dette extérieure en 2024.
- ≈ 2,2 milliards $ : montant du nouvel accord FEC au niveau des services du FMI.
Site : FMI, rapport UEMOA 2026


