Les échanges tuniso-algériens auraient atteint environ 2,76 milliards de dollars après une progression de 166 % en cinq ans, selon les données du CEPEX présentées en Algérie et reprises par La Presse. Derrière cette accélération commerciale apparaît désormais une ambition plus structurante : rapprocher les deux industries automobiles. Mais entre proposition d’affaires et véritable chaîne de valeur commune, plusieurs étapes restent à franchir.
Le chiffre donne la mesure du changement : +166 % en cinq ans. Les échanges entre la Tunisie et l’Algérie atteindraient désormais environ 2,76 milliards de dollars, selon les données de la représentation commerciale du CEPEX en Algérie rapportées dans le corpus.
L’Algérie serait ainsi devenue le 7e client mondial de la Tunisie et son 4e fournisseur. Ces données restent toutefois à consolider à partir des statistiques douanières bilatérales ou d’une publication primaire détaillée du CEPEX.
Une relation déjà fortement industrielle
La composition des exportations tunisiennes constitue le signal le plus intéressant. Les industries mécaniques et électriques représenteraient 56,53 % des ventes tunisiennes vers l’Algérie, devant les industries manufacturières diverses, à 31,53 %, et l’agriculture et l’agroalimentaire, à 7,05 %.
Autrement dit, le potentiel d’intégration ne partirait pas de zéro : une part importante des flux tunisiens est déjà constituée de produits industriels.
Selon les données présentées et reprises dans le corpus, 43 entreprises tunisiennes sont actives en Algérie. Ce chiffre doit cependant être lu avec précision : il désigne des entreprises actives sur ce marché, sans établir qu’il s’agit de 43 implantations ou filiales industrielles.
Automobile : la proposition qui change la perspective
La mission économique organisée à Alger du 22 au 24 septembre 2026 ouvre une autre piste : faciliter l’accès au marché algérien pour les composants et pièces automobiles produits en Tunisie et, en contrepartie, faciliter l’accès au marché tunisien pour des véhicules assemblés en Algérie et prêts à l’emploi.
À ce stade, il s’agit d’une proposition, et non d’un accord gouvernemental conclu.
Mais son intérêt industriel est réel. Elle déplacerait le centre de gravité de la relation bilatérale : au lieu de simplement vendre davantage de marchandises de part et d’autre de la frontière, les deux économies chercheraient à connecter certains maillons de leurs chaînes de valeur.
Pour la Tunisie, l’enjeu serait notamment de valoriser sa base de fournisseurs et d’équipementiers. Pour l’Algérie, l’ouverture envisagée offrirait potentiellement un débouché supplémentaire à sa production automobile assemblée localement.
La frontière devient un enjeu industriel
Une chaîne automobile commune ne peut cependant pas reposer uniquement sur des facilités commerciales. Elle suppose des normes compatibles, des procédures douanières prévisibles, une logistique compétitive et des règles claires d’accès aux deux marchés.
Les discussions mentionnent justement l’harmonisation des normes, le développement d’infrastructures logistiques et les zones franches frontalières.
Ce dernier dossier dépasse la mission de septembre. Les autorités algériennes avaient déjà indiqué en janvier 2026 travailler à leur cadre réglementaire, avec des zones prévues à terme avec plusieurs pays voisins, dont la Tunisie.
De deux marchés à une plateforme africaine ?
Le scénario le plus ambitieux serait de ne plus considérer le marché tuniso-algérien comme une destination finale.
Les propositions évoquent également des exportations conjointes vers l’Afrique, notamment en s’appuyant sur la Route transsaharienne. Dans cette configuration, les capacités industrielles tunisiennes, le marché et les capacités productives algériennes ainsi que les infrastructures régionales pourraient devenir complémentaires.
Mais cette perspective reste précisément cela : une perspective.
Le véritable test viendra de la transformation des propositions formulées pendant les rencontres économiques en mécanismes opérationnels : normes reconnues de part et d’autre, règles douanières, accès effectif aux marchés, logistique et projets industriels identifiables.
Après une hausse annoncée de 166 % des échanges, Tunisie et Algérie ont déjà démontré qu’elles pouvaient commercer davantage. Le prochain défi est autrement plus exigeant : déterminer si cette croissance peut devenir une intégration productive durable, notamment dans l’automobile.
Chiffres clés
- 2,76 milliards de dollars — niveau approximatif annoncé des échanges bilatéraux.
- +166 % — progression annoncée en cinq ans.
- 56,53 % — part attribuée aux industries mécaniques et électriques dans les exportations tunisiennes vers l’Algérie.
- 31,53 % — industries manufacturières diverses.
- 7,05 % — agriculture et agroalimentaire.
- 43 — entreprises tunisiennes indiquées comme actives en Algérie.
Site: CEPEX


