Avec environ 380 m³ d’eau renouvelable par habitant et par an, la contrainte hydrique tunisienne pourrait dépasser la seule question environnementale. À terme, garantir l’accès à l’eau pourrait devenir un critère de localisation, de coût et de compétitivité pour les investissements.

La prochaine question économique posée par l’eau en Tunisie pourrait ne plus être seulement : combien en reste-t-il ? Mais plutôt : quelles activités pourront disposer d’une ressource suffisamment sécurisée pour continuer à produire et à croître ?

La Banque mondiale estime désormais la disponibilité d’eau renouvelable à environ 380 m³ par habitant et par an, sous le seuil de pénurie absolue. Sans adaptation suffisante, le stress hydrique pourrait retrancher 6,4 % au PIB tunisien à l’horizon 2050 et faire disparaître au moins 30 % des emplois agricoles.

Cette contrainte intervient alors même que l’agriculture soutient de nouveau l’activité. Au deuxième trimestre 2026, sa valeur ajoutée a progressé de 5,5 % sur un an, contribuant à hauteur de 0,51 point aux 2,3 % de croissance du PIB.

De la ressource naturelle à l’infrastructure économique

La rareté de l’eau pourrait ainsi devenir un paramètre d’investissement comparable, à terme, au foncier, à l’électricité ou à la logistique.

Deux zones disposant de coûts similaires pourraient présenter des conditions très différentes si l’une bénéficie d’un accès fiable à l’eau et l’autre nécessite davantage de traitement, de recyclage ou de stockage.

C’est là que la réutilisation des eaux usées prend une dimension économique nouvelle. Le Plan Eau 2050 représente environ 900 millions de dollars d’investissements annuels, avec notamment la réduction des pertes, l’amélioration de la gouvernance et le recours accru aux eaux traitées.

Pour l’industrie, celles-ci pourraient devenir non plus seulement un coût d’assainissement, mais une ressource productive.

La pénurie d’eau peut-elle influencer les investissements industriels en Tunisie ?
Oui, potentiellement. L’accès à une eau sécurisée ou réutilisable peut devenir un facteur de coût et de localisation. Mais aucun déplacement généralisé des investissements lié à l’eau n’est encore démontré.

Une nouvelle géographie industrielle ?

L’hypothèse reste à vérifier : aucune donnée disponible ne montre encore que les investissements tunisiens se déplacent effectivement en fonction de l’accès à une eau sécurisée.

Mais si la rareté devient durable, les entreprises capables de recycler, économiser ou financer leur propre approvisionnement pourraient disposer d’un avantage relatif.

La prochaine carte stratégique de l’investissement tunisien pourrait donc superposer zones industrielles, capacités de traitement et ressources hydriques disponibles. Elle permettrait de voir si, progressivement, l’eau commence à choisir les territoires et les activités qui peuvent encore croître.

Chiffres clés

  • 380 m³/habitant/an : disponibilité renouvelable estimée.
  • −6,4 % de PIB : impact potentiel à l’horizon 2050 sans adaptation suffisante.
  • Au moins 30 % : emplois agricoles potentiellement exposés.
  • 900 millions de dollars/an : ordre de grandeur du Plan Eau 2050.
  • +5,5 % : croissance annuelle de la valeur ajoutée agricole au T2 2026.
  • 0,51 point : contribution de l’agriculture aux 2,3 % de croissance.