Un million de litres d’eau distribués, plus de 1 500 militaires engagés, des groupes électrogènes déplacés vers des puits : la Tunisie n’est plus face à une simple séquence de chaleur extrême. Quand l’armée doit suppléer le réseau pour garantir l’accès à l’eau, c’est la continuité même des services essentiels qui entre en zone rouge.
Le chiffre frappe. Plus de 1 500 militaires, quelque 250 véhicules et équipements, un million de litres d’eau distribués à environ 4 000 familles, selon un bilan de la Télévision nationale repris par Webdo.
La mobilisation de l’armée, de la Garde nationale et de la Protection civile a, elle, été confirmée officiellement le 28 août.
Mais derrière le déploiement exceptionnel, une question devient impossible à éviter : jusqu’où les réseaux tunisiens peuvent-ils tenir lorsque eau, électricité et chaleur extrême se percutent ?
Une panne électrique, et l’eau s’arrête
Des groupes électrogènes ont été installés près de certains puits afin de maintenir le pompage.
C’est probablement le signal le plus inquiétant de l’épisode actuel.
Car l’eau disponible dans le sous-sol ou les barrages ne sert à rien si les pompes s’arrêtent. Sans électricité, pas de pompage. Sans pompage, pas de pression. Et sans pression, le robinet reste sec.
La crise n’est donc plus seulement hydrique. Elle devient systémique.
En août, la STEG avait déjà annoncé plusieurs opérations de délestage ou de coupures tournantes pour préserver la sécurité du réseau électrique.
Autrement dit : deux infrastructures vitales commencent à révéler leurs dépendances au même moment.
Le paradoxe tunisien : plus d’eau, mais toujours des coupures
Le contraste est brutal.
En juin, le taux de remplissage des barrages tunisiens approchait 60 %, une situation nettement meilleure qu’un an auparavant.
Pourtant, l’Observatoire tunisien de l’eau a recensé 608 signalements en juillet, dont 549 coupures ou perturbations de distribution.
Le problème ne se trouve donc plus uniquement derrière les barrages.
Il se trouve aussi dans les stations de pompage, les conduites, les équipements électriques, les capacités de maintenance et la résistance du réseau aux pics de consommation.
C’est là que l’alerte change de niveau.
Quand l’urgence remplace le service normal
Un million de litres transportés par des moyens exceptionnels, c’est 1 000 mètres cubes d’eau qu’il faut déplacer physiquement parce que le réseau ne suffit plus localement.
À cela s’ajoute l’annonce de l’injection de plus de neuf millions de bouteilles d’eau dans le Grand Tunis.
Citernes. Armée. Générateurs. Eau conditionnée.
Plus les dispositifs d’urgence se multiplient, plus ils révèlent une faiblesse : le fonctionnement normal coûte désormais des moyens extraordinaires pour être maintenu.
L’enjeu dépasse le confort des ménages. Une défaillance simultanée de l’eau et de l’électricité touche immédiatement les commerces, les usines, l’agriculture, les services de santé et l’activité économique.
La vraie alerte de cet été n’est donc peut-être pas la température.
C’est la capacité des infrastructures tunisiennes à encaisser le prochain choc sans basculer, une nouvelle fois, dans la gestion d’urgence.


