Le Maroc et l’Inde veulent doubler leurs échanges commerciaux en cinq ans. Une ambition qui suppose de passer d’environ 4 milliards de dollars actuellement à près de 8 milliards, mais surtout d’élargir une relation encore fortement portée par les phosphates et les engrais vers l’automobile, la pharmacie, les technologies et les énergies propres.
Quatre milliards de dollars aujourd’hui, près de huit milliards demain : Rabat et New Delhi ont donné une mesure précise à leur nouvelle ambition économique.
Réunis fin août dans le cadre de la 7e Commission mixte Inde-Maroc, les deux pays se sont fixé pour objectif de doubler leurs échanges commerciaux en cinq ans. Le commerce bilatéral avait atteint 3,819 milliards de dollars en 2025, selon les données officielles indiennes, contre 2,66 milliards un an auparavant.
La progression a donc déjà été forte. Mais doubler à nouveau les flux en cinq ans nécessiterait une croissance moyenne proche de 15 % par an. L’objectif est ambitieux, et rien ne permet encore de considérer cette trajectoire comme acquise.
Un accord préférentiel à l’étude
Pour transformer l’annonce en échanges supplémentaires, les deux gouvernements ont décidé de créer un groupe de travail conjoint.
Sa mission ne sera pas seulement de rechercher de nouveaux débouchés. Il devra également examiner les barrières tarifaires et non tarifaires, faciliter l’accès aux marchés et surtout étudier la faisabilité d’un accord commercial préférentiel.
À ce stade, il ne s’agit donc pas encore d’un accord négocié. La question essentielle sera celle de son contenu : quels produits bénéficieront de réductions tarifaires, quelles règles d’origine seront retenues et quels obstacles réglementaires pourront réellement être levés ?
Sortir du tête-à-tête phosphates-engrais
Le commerce Maroc-Inde dispose déjà d’un socle solide : les phosphates et les engrais. La présence depuis plusieurs décennies d’Indo Maroc Phosphore à Jorf Lasfar illustre cette complémentarité entre les ressources marocaines et les besoins agricoles indiens.
Mais l’ambition affichée va désormais beaucoup plus loin.
Les secteurs ciblés comprennent l’automobile et les composants pour véhicules électriques, la pharmacie, les minerais, les énergies renouvelables, le stockage d’énergie, le numérique, l’intelligence artificielle, les infrastructures et l’agriculture.
C’est probablement là que se jouera le véritable changement d’échelle. Pour le Maroc, l’Inde représente à la fois un immense marché et une puissance industrielle et technologique. Pour les entreprises indiennes, le Royaume peut servir de plateforme industrielle vers l’Europe et l’Afrique.
La pharmacie montre toutefois les difficultés à résoudre : procédures d’autorisation, normes, homologations et délais administratifs peuvent ralentir les échanges aussi sûrement que les droits de douane.
Atteindre 8 milliards de dollars ne dépendra donc pas uniquement de la volonté politique. Le véritable test sera la capacité à convertir cette volonté en investissements, coentreprises et nouveaux flux industriels.
Les chiffres clés
3,819 milliards $ — échanges Maroc-Inde en 2025
2,66 milliards $ — échanges en 2024
≈ 44 % — hausse en un an
5 ans — horizon fixé pour doubler les échanges
≈ 7,6 à 8 milliards $ — niveau correspondant au doublement
≈ 15 % par an — croissance moyenne nécessaire pour atteindre l’objectif


