Les billets et pièces en circulation en Tunisie ont atteint 30,04 milliards de dinars au 21 août 2026, soit environ 16 % de plus qu’un an auparavant. Une poussée du cash qui interroge le fonctionnement du système bancaire, au moment où la réforme des chèques bouleverse les habitudes de paiement et où le numérique peine encore à prendre le relais.
La Tunisie n’a jamais eu autant d’argent liquide en circulation. Selon des données de la Banque centrale de Tunisie rapportées par Reuters, les billets et pièces ont atteint 30,04 milliards de dinars au 21 août 2026, contre environ 25,9 milliards un an plus tôt.
En douze mois, ce sont donc près de 4,14 milliards de dinars supplémentaires qui circulent sous forme de cash, soit une hausse proche de 16 %.
Le phénomène n’est pas nouveau. En février 2026, Reuters faisait déjà état de 27,5 milliards de dinars en circulation. En six mois, le montant a encore progressé de plus de 2,5 milliards de dinars.
La réforme des chèques a changé les habitudes
Reuters relie notamment cette progression à la réforme du chèque entrée en application en février 2025. La loi n°41-2024 a renforcé les règles d’émission et d’utilisation, tandis que la plateforme TuniChèque a introduit de nouveaux mécanismes de contrôle et de réservation des montants.
En sécurisant davantage le chèque, la réforme a aussi rendu son usage plus contraignant. Certains ménages et entreprises auraient donc davantage recours aux espèces pour leurs transactions.
Cette relation doit toutefois être nuancée : les données disponibles montrent une concomitance entre la réforme et l’augmentation du cash, mais elles ne permettent pas de mesurer précisément la part de cette hausse directement imputable aux nouvelles règles sur les chèques.
Le numérique ne remplace pas encore le liquide
En théorie, le recul du chèque devait profiter aux virements, cartes et paiements mobiles. Dans la pratique, cette transition reste progressive.
Le cash garde plusieurs avantages : il est immédiatement disponible, largement accepté et ne dépend ni d’un terminal ni d’une application. Pour une partie des petits commerces et des transactions informelles, il demeure le moyen de paiement le plus simple.
C’est là que se situe le paradoxe : alors que le système de paiement tunisien se modernise, une part croissante de la monnaie circule physiquement.
Pourquoi les banques s’en préoccupent
Pour les banques, davantage de cash hors des comptes peut signifier moins de dépôts disponibles pour financer leur activité.
Cela ne veut pas dire qu’un dinar retiré entraîne automatiquement un dinar de crédit en moins. Mais si les retraits deviennent durables, la gestion de la liquidité devient plus contraignante et les banques peuvent dépendre davantage d’autres sources de financement.
Le véritable enjeu sera donc de savoir si cette poussée du cash est temporaire ou structurelle.
Les prochains mois permettront d’observer si les paiements électroniques finissent par absorber une partie des transactions abandonnées par le chèque. Dans le cas contraire, le seuil des 30 milliards de dinars pourrait révéler une évolution plus profonde du rapport des Tunisiens au système bancaire.


