Les marchés financiers continuent d’afficher une résistance remarquable, mais cette stabilité apparente masque une montée simultanée de plusieurs risques : dette publique américaine, taux longs élevés, tensions commerciales, pétrole cher et retour de la demande pour les actifs refuges. La dernière analyse hebdomadaire de Mohamed El-Erian illustre cette contradiction : les actions restent soutenues par les bénéfices des entreprises et les perspectives liées à l’intelligence artificielle, alors que l’environnement macroéconomique devient plus coûteux et plus incertain.

Le premier signal vient du marché obligataire américain. Le rendement du Treasury à dix ans évoluait autour de 4,6% début août, tandis que le Trésor prévoit 739 milliards de dollars d’emprunts nets au troisième trimestre 2026, puis 628 milliards au quatrième trimestre. Ces montants rappellent que le principal risque n’est pas une incapacité des États-Unis à se financer, mais le prix croissant exigé par les investisseurs pour absorber une offre aussi importante de dette.

Cette tension n’est pas neutre. Des rendements durablement élevés renchérissent le crédit immobilier, augmentent le coût de financement des entreprises et pèsent mécaniquement sur les valorisations boursières. Ils accroissent également la charge future de la dette fédérale.

À cette pression financière s’ajoute le retour du protectionnisme. Washington a relevé jusqu’à 50% les droits applicables à certaines catégories de produits canadiens après l’échec des négociations commerciales. Ottawa estime qu’environ 28 milliards de dollars canadiens d’exportations sont concernés. Pour les entreprises nord-américaines, le risque est celui d’une hausse des coûts, d’une réorganisation des chaînes d’approvisionnement et, à terme, de nouvelles pressions inflationnistes.

Les marchés de matières premières envoient eux aussi un message de prudence. Le Brent a clôturé autour de 94,39 dollars le baril, tandis que l’or a brièvement dépassé 4 600 dollars l’once. Le bitcoin a franchi 79 000 dollars, après une progression hebdomadaire de plus de 20%. Ces mouvements ne répondent pas tous aux mêmes facteurs, mais ils traduisent une recherche accrue de diversification face à l’incertitude géopolitique, budgétaire et monétaire.

Pourtant, l’économie américaine ne donne pas encore de signal de rupture. Les nouvelles inscriptions au chômage se sont établies à 206 000, un niveau toujours compatible avec un marché du travail relativement solide. C’est précisément ce qui complique la lecture des marchés : suffisamment de croissance pour soutenir les bénéfices, mais pas suffisamment de détente pour garantir une baisse rapide des taux.

L’intelligence artificielle reste dans ce contexte le principal soutien structurel aux actions. Les investisseurs continuent d’anticiper des gains de productivité et de rentabilité importants. Mais cette révolution technologique exige elle-même des centaines de milliards de dollars d’investissements en infrastructures, centres de données, énergie et semi-conducteurs.

Le véritable enjeu devient donc celui de la concurrence pour le capital mondial. États et entreprises cherchent simultanément à lever des montants considérables. Tant que les bénéfices progressent, l’équilibre peut tenir. Mais avec des taux élevés, un pétrole proche de 95 dollars et un protectionnisme plus agressif, la marge de sécurité se réduit. La prochaine étape sera Jackson Hole, du 27 au 29 août, où les investisseurs chercheront surtout à savoir jusqu’où les banques centrales peuvent soutenir cet équilibre sans relancer l’inflation ni accentuer les tensions financières.