Semaine ECOIl suffit parfois d’une menace lancée à Washington pour que, quelques semaines plus tard, la facture arrive à Tunis.

De Washington à Tunis, le choc voyage vite

Les nouvelles sanctions américaines annoncées contre l’Iran en sont l’illustration parfaite. Leur cible immédiate est Téhéran. Leur cible économique indirecte est beaucoup plus large : la Chine, principal débouché du pétrole iranien, et derrière elle toute une économie mondiale déjà fragilisée par les tensions commerciales, les coûts logistiques et la fragmentation des chaînes d’approvisionnement.

Pour la Tunisie, le sujet pourrait sembler lointain. Il ne l’est pas.

Quand le pétrole monte, la facture énergétique augmente. Quand le transport maritime renchérit, les intrants industriels coûtent davantage. Et lorsque Pékin et Washington durcissent leur confrontation économique, les effets finissent par traverser la Méditerranée.

Des amortisseurs encore trop fragiles

Or la Tunisie aborde cette nouvelle zone de turbulences avec des amortisseurs limités.

Certes, le tourisme se porte mieux. Les recettes ont atteint 4,72 milliards de dinars au 10 août et le pays rêve désormais de dépasser les 12 millions de visiteurs. Mais le véritable indicateur n’est plus le nombre de touristes : c’est ce qu’ils dépensent. Dans une économie qui manque de devises, un visiteur supplémentaire ne vaut réellement que par les recettes supplémentaires qu’il génère.

Le commerce extérieur raconte la même histoire. Les importations progressent plus rapidement que les exportations et le déficit commercial frôle 15 milliards de dinars sur sept mois.

Importer pour produire, ou importer pour creuser le déficit ?

Il faut néanmoins éviter les diagnostics simplistes. Les achats auprès de l’Italie — machines, équipements électriques, métaux, textile intermédiaire, chimie — ne sont pas seulement de la consommation. Ils alimentent aussi l’appareil productif.

Toute la question est donc là : la Tunisie importe-t-elle pour produire davantage ou simplement pour creuser son déficit ?

Phosphate : le Maghreb change de vitesse

Cette interrogation devient encore plus brutale lorsque l’on regarde le phosphate. Le Maroc consolide son avance. L’Algérie bâtit une chaîne intégrée associant mine, transformation, rail et port. La Tunisie, elle, possède déjà une filière historique mais peine toujours à retrouver les volumes d’avant 2011.

Pendant ce temps, une autre révolution industrielle se prépare dans la pharmacie, avec les nouvelles plateformes européennes de production continue des principes actifs, associant automatisation, chimie avancée et intelligence artificielle. Sidi Thabet pourrait devenir une carte tunisienne. Encore faut-il jouer avant que la fenêtre ne se referme.

La résilience, nouveau juge de paix

Car le vrai problème tunisien n’est peut-être plus seulement la croissance.

C’est la résilience.

Comment ambitionner une industrie compétitive lorsque des entreprises doivent anticiper les coupures d’électricité et d’eau ? Comment parler de souveraineté industrielle sans sécuriser l’énergie, la logistique et les infrastructures essentielles ?

Le choix tunisien

La Tunisie ne contrôle ni Washington, ni Téhéran, ni Pékin, ni le cours du pétrole.

Mais elle contrôle encore ses propres choix.

Et dans l’économie mondiale de 2026, les pays qui résistent aux crises ne sont pas ceux qui prédisent le prochain choc. Ce sont ceux qui se préparent avant qu’il n’arrive.

EN BREF

  • Tourisme record : 6 millions de visiteuÉconomie tunisienne 2026rs à fin juillet, cap des 12 millions visé pour 2026.
  • Déficit creusé : 14,96 milliards de dinars de déficit commercial sur les sept premiers mois de l’année.
  • Réserves limitées : Couverture des importations ramenée à 97 jours de réserves en devises.
  • Choc énergétique : Le Brent grimpe à 94,39 dollars sous la menace des nouvelles sanctions américaines contre l’Iran.
  • Urgences nationales : Fiabilisation des réseaux (eau/électricité) et relance indispensable de la production de phosphate.