
Et même lorsque les entreprises pour des raisons diverses ne peuvent pas le faire ce sont les ministères de tutelle qui doivent veiller à les sensibiliser à toute innovation qui survient à la faveur de cellules de suivi et de veille. Et pour cause, le développement futur des industries et des entreprises se fonde, désormais, sur les nouveautés technologiques.
La Tunisie, qui a été bien inspirée en développant, depuis les années 80, une expertise dans le domaine de l’industrie des médicaments pourrait tirer profit d’une récente innovation technologique européenne destinée à booster cette industrie à forte croissance et valeur ajoutée.
De quoi s’agit –il ?
Effectivement, le récent développement par un consortium européen d’un modèle de production novateur pour les ingrédients pharmaceutiques actifs pourrait constituer pour l’industrie pharmaceutique tunisienne une précieuse opportunité devant améliorer sa compétitivité et réduire ses coûts de production.
L’évènement a été créé par le consortium pharmaceutique européen PIPAC. Composé des groupes, IDe Dietrich, Alysophil, Bruker et Novalix, a annoncé l’achèvement avec succès d’un programme pilote visant à valider une plateforme de production continue de principes actifs pharmaceutiques (API).
Dans le détail, cette plateforme associe la chimie en flux continu, la surveillance analytique en temps réel pilotée par l’intelligence artificielle (IA)et des systèmes de contrôle, afin de permettre la production, le suivi et l’optimisation en continu des composés pharmaceutiques, plutôt que selon les procédés traditionnels de fabrication par lots (batch).
Le consortium a validé avec succès cette technologie à travers la production de fentanyl (drogue plus puissante que la morphine) en flux continu, l’un des principes actifs les plus puissants et les plus strictement réglementés de l’industrie pharmaceutique.
Cette réussite démontre la capacité de la plateforme à fonctionner dans des conditions de production exigeantes et constitue une base pour la production future d’autres ingrédients pharmaceutiques.
Ce qui va changer
Depuis des décennies, la production d’ingrédients pharmaceutiques repose largement sur la fabrication par lots (batch), qui nécessite de longues phases de scale-up ainsi que d’importants investissements en temps, en capitaux et en matières premières avant que les procédés de production puissent être pleinement validés.
Le projet PIPAC a été conçu, justement, pour remettre en question ce modèle. En intégrant au sein d’une même plateforme la synthèse en flux continu, des outils avancés d’analyse des procédés pilotés par l’intelligence artificielle et le contrôle automatisé des procédés, le consortium a démontré une approche de production offrant davantage de flexibilité, une meilleure robustesse des procédés et un passage plus rapide du développement à la production.
Contrairement à la fabrication traditionnelle par lots, la production continue permet d’évaluer la qualité du produit et les performances du procédé tout au long de la production. Elle permet ainsi d’intervenir plus rapidement, de réduire les risques liés au scale-up et d’optimiser l’utilisation des ressources.
Cette approche ouvre également la voie à des unités de production plus petites et modulaires, susceptibles de soutenir à l’avenir des stratégies de production décentralisée et de renforcer les capacités régionales de production pharmaceutique.
La plateforme peut être étendue afin d’intégrer des opérations de traitement en aval, telles que la filtration, la purification et le séchage, ouvrant ainsi la voie à une production pharmaceutique entièrement intégrée.
C’est pour dire que cette innovation marque une avancée majeure vers le déploiement industriel et la commercialisation d’une nouvelle plateforme de production continue d’ingrédients pharmaceutiques actifs.
Cette étape intervient à un moment où les gouvernements et entreprises pharmaceutiques cherchent de nouvelles solutions pour relocaliser la production et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, après plusieurs années de perturbations (pandémie du corona virus Covid 19…), d’incertitudes géopolitiques (guerres géopolitiques)et de préoccupations croissantes liées à la concentration des capacités de production d’ingrédients Actifs pharmaceutiques (API) dans un nombre limité de régions.
Cette innovation ouvre de nouveaux horizons pour la Tunisie
Pour la Tunisie, qui projette de faire du biotechnopole De Sidi Thabet (proche banlieue de tunis) un hub régional d’industrie de vaccins et de médicaments, pourrait recourir à ces nouvelles technologies pour renforcer sa souveraineté sanitaire et surtout pour créer des unités de production plus flexibles et plus adaptées aux besoins des marchés local et régional.
La partie tunisienne fait remarquer que l’implantation en Tunisie du groupe suisse Novalix, membre du consortium, constitue un élément positif en faveur de cette dynamique. Spécialisée dans la recherche sous contrat pour la découverte de médicaments, l’entreprise est présente dans le pays depuis 2018 à travers sa filiale « Novalix Tunisie ».
L’enjeu est notamment de rapprocher la production pharmaceutique des besoins des marchés locaux, selon le consortium, qui estime que ces nouvelles plateformes pourraient améliorer la flexibilité des sites de fabrication et la sécurité d’approvisionnement.
Après la validation du programme pilote, PIPAC doit désormais préparer la prochaine étape: le déploiement industriel et, à terme, la commercialisation de cette nouvelle génération de plateformes de production d’API.
Pour la Tunisie, cette évolution technologique pourrait ainsi représenter une opportunité de renforcer ses capacités industrielles, de diversifier ses sources d’approvisionnement en principes actifs et de consolider progressivement son positionnement dans la chaîne de valeur pharmaceutique.
ABOU SARRA
EN BREF
- Innovation majeure : Le consortium PIPAC valide une plateforme de production continue d’API combinant chimie en flux, IA et automatisation.
- Rupture technologique : Abandon progressif de la fabrication par lots (batch) au profit d’une production agile, modulable et contrôlée en temps réel.
- Cas d’usage probant : Validation réussie sur le fentanyl, garantissant la robustesse du système pour les principes actifs les plus sensibles.
- Ancrage tunisien : Une opportunité idéale pour dynamiser le biotechnopole de Sidi Thabet et renforcer la souveraineté sanitaire nationale.
- Synergie locale : La présence de la filiale du groupe suisse Novalix en Tunisie depuis 2018 facilite le pont vers cette nouvelle dynamique industrielle.


